Les enfants n’ont pas leur place derrière les barreaux

Helena Spriet
13 novembre 2019
Chaque année, jusqu'à 1,5 million d'enfants sont privés de liberté. Dans un nouveau rapport, Défense des Enfants analyse ce phénomène bouleversant.

Lorsque nous pensons à la privation de liberté, nous envisageons immédiatement la détention, des enfants dans une prison pour mineurs. Mais qu'en est-il des enfants placés en institution ou des enfants de migrants qui sont (temporairement) détenus dans un centre d'accueil fermé ? Et dans quelles circonstances sont-ils enfermés ? Le rapport donne une définition claire de la privation de liberté : toute forme de détention, d’emprisonnement ou de placement d’un enfant dans un établissement public ou privé de surveillance dont il n’est pas autorisé à sortir à son gré, sur l’ordre d’une autorité publique, à son initiative ou avec son consentement exprès ou tacite.

Cette étude se concentre sur 6 situations différentes : la justice des mineurs, la migration, les parents vivant dans des centres de détention, les institutions, les conflits armés et la sécurité nationale. La privation de liberté englobe également les enfants emprisonnés pour des motifs de protection.

La privation de liberté a un très grand impact sur la vie des enfants. Leur santé, leur développement et leur avenir en général s'en trouvent compromis, en particulier lorsque cette détention se passe dans des conditions inhumaines. Les circonstances exactes dans lesquelles les enfants sont détenus restent généralement assez mystérieuses, car les États préfèrent ne pas en parler ouvertement.

Entre 430 000 et 680 000 enfants sont détenus dans des institutions, au moins 410 000 dans des établissements pénitentiaires comme des prisons, 330 000 enfants perdent leur liberté dans le contexte des migrations...

Des chiffres terrifiants

Le rapport estime qu'environ 1,3 à 1,5 million d'enfants dans le monde sont privés de liberté chaque année. Entre 430 000 et 680 000 enfants sont détenus dans des institutions, au moins 410 000 dans des établissements pénitentiaires comme des prisons, 330 000 enfants perdent leur liberté dans le contexte des migrations, 35 000 enfants sont détenus dans des situations de conflit armé, 1 500 dans un contexte de sécurité nationale et 19 000 enfants vivent en prison avec un parent détenu.

Bien que ces chiffres soient déjà alarmants, ils ne sont pas encore exhaustifs. Par exemple, ils ne tiennent pas encore compte des enfants détenus dans les postes de police. Les chercheurs reconnaissent également que tous les pays n'ont pas nécessairement coopéré. Même en Belgique, un chiffre global n'a pu être communiqué en raison de contraintes temporelles. Certaines régions n'ont pas été comptabilisées. Toutefois, ces lacunes stimulent la recherche.

 

Quelle est la situation en Belgique ? 

Avec l'aide de la Commission nationale pour les droits de l'enfant, la privation de liberté des enfants a également fait l'objet d'enquêtes en Belgique. La situation dans notre pays semble assez positive par rapport à d'autres États. Cependant, nous pouvons encore nous améliorer. Par exemple, il n'existe aucun système conforme à la volonté de l'ONU permettant d’introduire une plainte pendant la période de détention. En outre, les employés des institutions et des prisons pour mineurs doivent recevoir une meilleure formation sur les droits de l'enfant.

 

La situation dans notre pays semble assez positive par rapport à d'autres États. Cependant, nous pouvons encore nous améliorer.

Défense des Enfants International

À la demande de l'ONU, Défense des Enfants International a pris la tête de ce projet de recherche mondial. L'organisation, qui compte 42 sections internationales, défend les droits des enfants dans le monde entier. Des organisations des Nations Unies telles que l'UNICEF, des États, des experts universitaires, des groupes d'enfants et plus de 170 ONG internationales ont aussi contribué à cette étude. Ils ont tenté d'évaluer l'ampleur du phénomène et de recueillir  les expériences vécues par les enfants. Ils ont ensuite formulé un certain nombre de recommandations que les États membres de l'ONU devraient appliquer afin de limiter la détention des enfants.

 

Impact de l'étude internationale

Grâce à ce rapport, la privation de liberté des enfants figure une fois de plus parmi les priorités politiques de l'ONU. Les résultats et les recommandations obligent les membres de l’organisation à réfléchir à la détention. Où sont les limites ? Comment changer la donne ?

L'étude permet à des enfants privés de leur voix ou laissés pour compte de s’exprimer. Tout d'abord, les États doivent s'efforcer de limiter la détention des enfants à un minimum absolu et veiller à améliorer leurs conditions de vie, en créant par exemple un centre de plaintes ou un mécanisme indépendant de recours vers lequel les enfants peuvent se tourner. Enfin, il faut également se concentrer davantage sur la réinsertion et les perspectives d'avenir des enfants.

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