Les jeunes sont-ils encore solidaires ?

Helena Spriet
16 décembre 2019
Seuls 23 % des jeunes attachent de l’importance à la solidarité. Si la jeunesse n’est pas directement concernée par un problème de société, elle ne se mobilisera pas rapidement pour sauver le monde. Comment l’expliquer ? Dans une étude récente, le programme Annoncer La Couleur s’est penché sur ce phénomène.

Les jeunes veulent changer le monde et le rendre meilleur, mais ne s’engagent que lorsqu’ils subissent eux-mêmes des injustices dans leur quotidien. Toutefois, leur engagement résolu en faveur d’un monde meilleur reste porteur d’espoir.

En collaboration avec Dedicated Research, Annoncer La Couleur (ALC), un programme de la Coopération belge au Développement, a réalisé une étude pour connaître les valeurs, les intérêts et les positionnements des jeunes sur des questions de société. En juin 2019, 500 jeunes (entre 14 et 19 ans) et 40 professeurs ont été interrogés au sein de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Il en résulte une plus grande confiance en leur famille qu’envers les médias et les responsables politiques. Pire encore, ces derniers leur inspirent de la méfiance.

Solidaires dans leur propre environnement

La conclusion de l’étude est sans appel : les jeunes accordent plus de valeur à la société et ses problèmes dans leur environnement immédiat. Les amis, la famille et l’avenir occupent une place importante dans la vie de plus de 90 % des jeunes interrogés. Il en résulte une plus grande confiance en leur famille qu’envers les médias et les responsables politiques. Pire encore, ces derniers leur inspirent de la méfiance. Les jeunes font donc preuve de davantage de solidarité avec leur environnement direct que face à des problèmes distants.

Néanmoins, presque 50 % d’entre eux souhaitent s’impliquer en faveur d’un monde juste et solidaire. Leur moteur ? Les émotions ! Les jeunes s’engagent à partir du moment où ils se sentent touchés émotionnellement ou concernés, ou peuvent s’approprier le problème. La migration, par exemple, leur tient particulièrement à cœur car ils sont généralement confrontés à des réfugiés, en classe ou par le biais de témoignages.

La réorientation des jeunes sur leur environnement immédiat et la diminution de l’importance accordée aux valeurs humanistes s’expliquent par le climat d’angoisse qui les entoure 

Enseignants

Les enseignants confirment ces constatations par leurs observations dans la réalité. « La réorientation des jeunes sur leur environnement immédiat et la diminution de l’importance accordée aux valeurs humanistes s’expliquent par le climat anxiogène qui les entoure : l’actualité, le réchauffement climatique, le monde en « crise », le chômage, etc. Ils ont tendance à se cacher derrière une identité, un environnement où règne la cohésion, pour se protéger. La bulle créée par les adultes a rendu acceptable le modèle du ‘’moi d’abord, les autres/le monde après’’, selon le rapport. Mais c'est une attitude qui est devenue audible, déjà parce que les adultes le font aussi.  

L’enseignement a une grande influence sur la réflexion et le comportement des élèves. Par conséquent, l’éducation à la citoyenneté mondiale à l’école entend faire des enfants des citoyens responsables et solidaires. Les enseignants peuvent, par exemple, se baser sur leur propre expérience de vie pour aider les enfants à porter un regard ouvert sur le monde. En outre, leur sens critique gagne à être aiguisé. À cet égard, une approche positive face aux témoignages revêt une importance cruciale.

Enfin, la participation des jeunes est essentielle : leur participation active et leur investissement dans les projets contribue au sentiment d’appartenance et de solidarité. « L’éducation à la citoyenneté mondiale est donc plus que jamais un cadre d’apprentissage essentiel pour les jeunes qui ont un peu perdu leur point d’appui », conclut Florence Depierreux, coordinatrice du programme Annoncer La Couleur.

 

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