Les mangroves sauvées par le vaudou ?

ULB-coopération
13 août 2019
Les mangroves sont des écosystèmes essentiels à la préservation de la biodiversité et à l’équilibre environnemental. Elles sont pourtant menacées par l’homme en de nombreux endroits de la planète. Comment les protéger ? Au Togo et au Bénin, des prêtres vaudous sacralisent ces lieux naturels. Et, miracle, c’est efficace !
 

Le sacré vaudou : outil de préservation des ressources naturelles

Les mangroves sont un milieu aquatique et terrestre dont la végétation fait tampon entre la mer et le continent, elles ont ainsi la capacité de ralentir les effets des tsunamis, des marées hautes et elles préservent les côtes de l’érosion.  Elles séquestrent également le dioxyde de carbone (CO2), principal gaz à effet de serre responsable du réchauffement climatique.  Outre ces rôles de protection et d’atténuation des changements climatiques, les mangroves abritent une faune et une flore diverses.  La destruction constatée des écosystèmes de mangroves engendre des conséquences plus importantes qu’on ne l’imagine a priori.  

Des acteurs locaux et internationaux se mobilisent pour la préservation de ces mangroves, utilisant des approches très diverses.  L’une d’elles fait appel au sacré, élément utilisé dans plusieurs sociétés africaines pour protéger des espèces animales ou végétales en voie de disparition. Le recours au sacré est ici complémentaire d’un processus de sensibilisation et de formation à l’utilisation raisonnée et durable des ressources. 
 

Les mangroves sont un milieu aquatique et terrestre dont la végétation fait tampon entre la mer et le continent, elles ont ainsi la capacité de ralentir les effets des tsunamis, des marées hautes et elles préservent les côtes de l’érosion.

La forêt d’Assévé : un exemple de conservation alliant science et sacré

Au Togo comme dans beaucoup de pays d’Afrique de l’Ouest, les villages sont placés sous l’autorité de chefs traditionnels et de religieux vaudous.  À 12km de la capitale Lomé, la forêt d’Assévé a été classée « sacrée » par les représentants coutumiers et religieux, de concert avec les autorités administratives et des ONG locales, fruit d’une expérience hors du commun de conservation des ressources naturelles.  Le processus de protection de cette forêt est ancré dans le contexte culturel et s’appuie sur un travail préalable de cartographie distinguant deux zones de la forêt :  

  • Un noyau central, vivier de la réserve, dans lequel ont été implantées des représentations de divinités qui interdisent formellement toute coupe de bois ;
  • Une zone de protection allégée, dont l’exploitation est limitée à certains jours de la semaine, où certaines espèces de poissons en pénurie sont interdites de pêche et certaines essences d’arbres interdites de coupe. 

Des cérémonies publiques dirigées par des prêtres vaudous sacralisent ces lieux afin de renforcer les règles préétablies par les chefs coutumiers, gardiens des traditions, et d’énoncer la menace divine pesant sur toute personne qui ambitionnerait de braver les interdits.  En cas de violation des règles, les sanctions vont des travaux d’intérêt général à l’amende en nature (don d’un mouton), en passant aussi par l’amende financière.  Dans les cas les plus graves, l’exclusion définitive du village peut être prononcée. 
 

Des cérémonies publiques dirigées par des prêtres vaudous sacralisent ces lieux afin de renforcer les règles préétablies par les chefs coutumiers, gardiens des traditions.

Réunion avec les maîtres vaudous pour discuter la protection de la forêt
© ULB-Coopération

Gautier Amouzou, coordinateur de l’ONG Eco-Benin (partenaires ULB-Coopération) qui a accompagné ce processus, explique : « Dans la stratégie nationale de gestion des mangroves du Bénin, cette procédure a clairement été notifiée et recommandée par l’État comme un outil à adopter dans des projets de conservation de mangroves.  Nous avons remarqué que depuis 10 ans, cette méthode est à l’œuvre dans d’autres régions et a permis de reconstituer les écosystèmes de mangroves ». 

« On pourrait penser qu’on prive la population d’accéder à ses ressources, mais en réalité, ces restrictions permettent aux poissons, aux crabes, aux écrevisses de se reproduire, ce qui est bénéfique pour tous.  Plus il y aura de zones de mangroves protégées et plus nous aurons des poissons à pécher.  Il vaut mieux satisfaire aux besoins de tous que d’une seule personne » témoigne Basile Amoussou, habitant et membre de l’association locale Doukpo-Bénin.  
 

Plus il y aura de zones de mangroves protégées et plus nous aurons des poissons à pécher.  Il vaut mieux satisfaire aux besoins de tous que d’une seule personne.

Basile Amoussou, habitant

La forêt d’Assévé est perçue comme un modèle de réussite de conservation.  Si le sacré est intervenu dans le processus, il convient d’en relativiser l’importance : de nombreux facteurs ont contribué à ce succès. En effet, la participation active des autorités administratives locales, la capacité de dialogue entre les acteurs de la société civile et les autorités religieuses, le travail des ONG locales, la conscientisation des populations, l’éloignement des zones urbaines qui diminue la pression anthropique, la grande superficie de la forêt qui amoindrit l’impact humain sont autant de facteurs de succès ici rassemblés !
 

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