Les minerais du High-Tech : vers une économie circulaire

Antoine Delers
28 juin 2019
Notre monde se numérise de plus en plus. Les innovations technologiques révolutionnent notre manière de vivre, mais elles ont aussi des conséquences désastreuses pour la planète : conflits autour de l’extraction de minerais, production de déchets, pollution, etc. Une économie circulaire fondée sur le recyclage des matériaux est plus que jamais nécessaire.

Les risques de l’exploitation de minerais

La fabrication d’un smartphone nécessite environ 70 matériaux différents, dont près de 50 métaux. Parmi les métaux rares les plus prisés du moment, on retrouve entre autres le tungstène, l’étain, le tantale et l’or. Ces matières premières sont indispensables à l’industrie des High-Tech (informatique, robotique, téléphones, etc.) et aux énergies renouvelables (les panneaux photovoltaïques, par exemple).

L’extraction et l’exploitation de ces minerais comportent toutefois des risques pour la planète et l’être humain. L’extraction de minerais (et la pollution qu’elle engendre) accélère le dérèglement climatique. Elle consomme entre autres beaucoup d’eau et d’énergie : la fabrication d’un ordinateur nécessite en moyenne quelque 1 500 litres d’eau. En outre, dans les régions où l’on trouve ces minerais, la main d’œuvre est souvent exploitée dans les mines et les carrières : les travailleurs ne bénéficient généralement pas d’une couverture sociale, sans compter que des enfants sont bien souvent envoyés dans les galeries. Cet état de fait va à l’encontre de la politique de l’Organisation internationale du travail (OIT) en matière de travail décent.

On estime à 27 le nombre de conflits en Afrique liés à l’extraction de ressources naturelles.

On estime à 27 le nombre de conflits en Afrique liés à l’extraction de ressources naturelles, selon Ben Cramer, chercheur au Groupe de recherche et d'information sur la paix et la sécurité (GRIP). La prolifération des États fragiles et la sécurisation des approvisionnements énergétiques entraînent des risques pour la sécurité mondiale. Les grandes puissances se livrent à une nouvelle compétition technologique et commerciale dans laquelle elles s’approprient les terres rares et délocalisent la pollution. La rivalité entre Washington et Pékin se durcit de plus en plus et accroît la militarisation. Cette compétition pour l’accès aux ressources représente une menace sur deux échelles de temps : elle engendre, d’une part, des risques de conflits armés qui alimentent la militarisation et, d’autre part, des risques d’épuisement mondial des ressources.

 

L’économie circulaire : une solution ?

Selon Éric Pirard de l’université de Liège, l’industrie du numérique et des énergies renouvelables fonde depuis quelques années son modèle économique sur son aspect novateur et, vraisemblablement, écologique. Toutefois, afin de réduire la pression des produits sur les ressources et l’environnement, il faudrait se tourner vers des solutions qui pourraient engendrer un effet positif d’un point de vue social, économique et environnemental.

Een hoop oude gsm-toestellen
Les mines urbaines

Et si les métaux rares se trouvaient chez nous ? Présents dans les objets électroniques, les panneaux photovoltaïques ou les batteries, les métaux précieux constituent des gisements non exploités, appelés « mines urbaines ». Le recyclage des déchets high-tech peut être une alternative à l’extraction de ces métaux, pour autant qu’un processus de recyclage industriel les réintègre dans le circuit. Le concept d’économie circulaire pourrait représenter une solution viable.

L’économie circulaire vise à gérer un bien de manière prudente et sage afin d’obtenir le meilleur rendement, en utilisant les moindres ressources et en recyclant un maximum. Le processus de production devient un cycle qui part de l’approvisionnement en matières premières et se termine par le recyclage des produits en fin de vie. L’objectif ultime est d’atteindre le « 100 % recyclable ». Même avec un taux de récupération de 95 %, on perd la moitié des matériaux après 14 cycles de production.

Pour permettre la transition vers une économie de type circulaire, quatre défis majeurs sont à surmonter :

  1. « Nourrir le cycle », c’est-à-dire adopter une approche écologique quant à l’approvisionnement en matières premières ;
  2. « Optimiser le cycle » en minimisant l’énergie de fabrication et de recyclage, en repensant le design et en permettant la réparation et le recyclage ;
  3. « Ralentir le cycle » en augmentant la durée de vie des produits ;
  4. « Fermer le cycle » en optimisant le recyclage (collecte, fragmentation, tri, etc.).

Pour donner un exemple, la fabrication d’une cafetière traditionnelle italienne nécessite beaucoup moins de matériaux qu’une machine expresso. Repenser le design passe par une plus grande simplicité des assemblages, mais aussi par l’utilisation de matériaux recyclables. Il faut éviter au maximum les composants non indispensables. En outre, les produits à usage unique, tels que les stylos non rechargeables, la vaisselle en plastique et les briquets, engendrent une quantité énorme de déchets non recyclables, d’où la nécessité d’augmenter la durabilité des produits. Il en va de même pour les voitures, qui ont en moyenne une durée de vie d’à peine quelques années, sans parler des téléphones qu’il faut généralement remplacer tous les deux ans. 

En 2018, Recupel a collecté plus de 117 000 tonnes de déchets d’équipements électro et électroniques.

Un bulldozer transporte des déchets électroniques sur le site de Galloo (Menen).
© Recupel

Recupel, une entreprise belge de recyclage

Recupel est un système collectif belge qui organise la collecte et le recyclage des déchets d’équipements électro et électroniques (DEEE). L’objectif principal de l’ASBL est la préservation de l’environnement en collectant et en recyclant les appareils usagés le plus efficacement possible. En effet, les équipements électro contiennent à la fois des matériaux dangereux, mais aussi une importante source de matières premières. En 2018, Recupel a collecté plus de 117 000 tonnes de ces déchets, selon Els Verberckmoes, Treatment Manager chez Recupel.

Pour recycler vos vieux appareils électro, vous pouvez vous rendre dans différents centres de réutilisation (Les Petits Riens, par exemple), points de collecte (plus de 2 600 magasins en Belgique), parcs à conteneurs, mais aussi dans les magasins physiques et en ligne à l’achat d’un nouvel appareil. Les appareils et équipements collectés sont ensuite acheminés vers un centre de stockage et de tri. S’ils fonctionnent encore, une nouvelle vie leur sera offerte. Sinon, Recupel les transporte dans des usines de dépollution et de recyclage, gérées entre autres par Umicore, Indaver et Galloo en Belgique.

Un homme est en train de démonter un appareil électronique.
© Recupel

Ces entreprises procèdent à l’élimination des substances dangereuses (les gaz CFC des réfrigérateurs, par exemple), à l’extraction des métaux « nobles » comme l’or qui seront réutilisés, puis au déchiquetage et au démantèlement du reste des équipements. Enfin, les matériaux (fer, cuivre, plastique, etc.) sont triés : les matières recyclables seront réutilisées par les fabricants d’équipements électro et électroniques.

Ce processus de recyclage est essentiel. Pour donner un exemple, il est bien plus intéressant de recycler l’or contenu dans les appareils que de l’extraire des mines. Une tonne de téléphones portables fournit 300 g d’or, tandis qu’une tonne de minerai n’en fournit que 3 g.

Pour mieux comprendre le processus de collecte et de recyclage de Recupel, vous pouvez visionner cette courte vidéo « Le cycle de recyclage Recupel »

Jusqu'à 50 fois plus

Les déchets des appareils électroniques contiennent jusqu'à 50 fois plus de métaux et de minéraux précieux que les minerais provenant des mines.

 

65 milliards d'euros

La valeur des métaux dans tous les appareils qui ne sont plus utilisés est estimée à 65 milliards d'euros !

 

3 % à 6 %

L'économie circulaire peut générer une croissance de 3 % à 6 %, ainsi que de milliers d'emplois.

 

50 millions de tonnes

Chaque année, nous produisons 50 millions de tonnes de déchets d'appareils électroniques dans le monde. Le poids de 4500 fois celui de la tour Eiffel !

 

Source.Recupel

Les informations de cet article ont été rassemblées lors d’un séminaire organisé par ARES, le coupole des université belges francophones, responsable pour la coopération au développement au niveau universitaire.

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