L’expertise belge de Vias s’exporte sur les routes africaines

Joël Tabury
10 décembre 2018
Les missions de Vias, anciennement connu sous l’appellation IBSR (Institut Belge pour la Sécurité Routière), sont aussi pertinentes en Afrique. Le trafic routier y explose et le nombre d’accidentés aussi.

Alors que le nombre d’accidents de la route explose, particulièrement  en Afrique, l’expertise belge en matière de sécurité routière s’ouvre progressivement à des collaborations internationales. Car fort de ses bons résultats obtenus sur les routes belges, Vias s’impose de plus en plus comme un interlocuteur privilégié pour relever les défis de sécurité routière en Afrique francophone. S’inscrivant dans les objectifs de développement durable (ODD), ces nouveaux défis s’avèrent être complexes mais pas insurmontables selon Jean-François Gaillet, Directeur Technique & Innovation de Vias.

L’institut Vias, mieux connu par le passé sous le label IBSR – Institut Belge pour la Sécurité Routière – est, depuis près de trois décennies, un acteur incontournable du paysage routier en Belgique. Qu’il s’agisse de recommandations envers les pouvoirs publics afin d’améliorer les infrastructures (panneaux, qualité des revêtements, éclairage, casse-vitesse…), de renforcer les règles de roulage (vitesse, permis…) ou encore qu’il soit question de sensibiliser les usagers de la route sur les comportements à adopter, Vias essaie de changer les comportements à l’aide de messages forts et de campagnes publicitaires très médiatisées, comme celles menées contre l’alcool au volant avec Bob. 

 

La réduction des victimes d’accidents de la route, un objectif de développement durable

Les résultats sont au rendez-vous. Statistiques à l’appui, la Belgique peut se targuer d’avoir un taux de mortalité lié à la circulation routière toujours plus bas d’année en année malgré un nombre de véhicules toujours plus important. Le rôle de Vias est loin d’être négligeable dans l’obtention de tels résultats.

 Cette évolution vers des routes de plus en plus sûres ne se vérifie malheureusement pas partout dans le monde, a fortiori sur le continent africain, qui lui aussi connaît une explosion du trafic routier sans commune mesure. Car si les données statistiques font cruellement défaut, et que selon les régions les situations diffèrent, le constat est clair : l’augmentation de la densité de circulation en Afrique va de pair avec la multiplication des accidents. Les pouvoirs publics locaux en sont de plus en plus conscients.

L’augmentation de la densité de circulation en Afrique va de pair avec la multiplication des accidents. Les pouvoirs publics locaux en sont de plus en plus conscients.

Un accident de la route au Burkina Faso
© Shutterstock

Beaucoup de choses doivent être améliorées, tant au niveau des infrastructures que des comportements, pour limiter les dommages collatéraux, souvent mortels, induits par le développement extrêmement  élevé de la circulation routière dans les pays africains. C’est d’ailleurs un des objectifs de développement durable (ODD) - plus précisément l’ODD 3.6 – que de réduire de moitié le nombre de tués et de blessés sur les routes d'ici 2020.

Comme l’explique, Jean-François Gaillet, Directeur Technique & Innovation de Vias et initiateur des projets de développement de l’Institut belge en Afrique, « les défis sont colossaux en matière de sécurité routière sur le continent africain et un institut tel que Vias a un rôle à jouer. Outre le fait qu’il n’existe pas encore d’institutions comparables en Afrique, notre offre de services se démarque de celles proposées par d’autres acteurs européens.

Notre force, c’est de pouvoir proposer un large éventail de compétences rassemblées au sein d’un même centre d’expertise en pouvant nous appuyer sur une bonne centaine de collaborateurs dont des chercheurs et ingénieurs académiques, des psychologues, de experts de terrain ou encore des conseillers juridiques et autres consultants. Nous pouvons intervenir au niveau des politiques à mener mais aussi intervenir sur le terrain en effectuant par exemple des inspections de sécurité routière, en formant des fonctionnaires, en organisant des campagnes de sécurité routière ou en travaillant avec les écoles ».

Nous pouvons intervenir au niveau des politiques à mener mais aussi intervenir sur le terrain en effectuant par exemple des inspections de sécurité routière, en formant des fonctionnaires, en organisant des campagnes de sécurité routière ou en travaillant avec les écoles.

Jean-François Gaillet - Vias

Miser surtout sur le transfert de connaissances

En sa qualité de centre de connaissances indépendant et multidisciplinaire, Vias mise sur une approche intégrée et innovante en vue de fournir des solutions aux problèmes législatifs, (infra)structurels, technologiques et sociaux. Cette méthode  a fait ses preuves en Belgique et aspire depuis quelques années à être reconnue au niveau international, avec une prédilection pour les coopérations avec des pays d’Afrique francophone.

Répondant aux appels d’offres lancés par l’agence belge de développement Enabel, l’Union Européenne ou encore la Banque Mondiale, Vias s’est donc vu confier l’exécution de divers projets de coopération internationale, comme par exemple des échanges d’experts avec l’Algérie, l’établissement d’une banque de données pour les accidents de la route au Cameroun ou encore la mise en place d’un véritable Observatoire Africain de la Sécurité Routière à un niveau plus régional en collaboration avec d’autres partenaires dans le cadre d’un projet européen (Horizon 2020).

C’est en effet surtout sur le transfert de connaissances que mise Vias, tout en essayant de favoriser les investissements locaux. En effet, selon Jean-François Gaillet, les moyens de financement locaux pour le développement d’infrastructures plus sûres existent ou sont envisageables en Afrique. « Cela doit passer par des formes de financement indirects. Ainsi au Burkina-Faso, une partie de l’argent des consignes de bières est reversée par les brasseurs afin d’investir dans des panneaux de signalisation. D’autres pistes locales de financement sont explorées via des rétrocessions sur l’argent des contrats d’assurance-auto ou sur les carburants à la pompe ».

Des financements structurels sont nécessaires afin d’assurer la création de structures pérennes disposant de personnel qualifié et de moyens nécessaires pour mener leurs actions. Le Directeur de Vias se veut d’autant plus optimiste que selon lui, « les dirigeants des pays africains sont de plus en plus conscients que la sécurité routière représente une priorité car les populations, mais aussi les instances internationales telles que l’Organisation Mondiale de la Santé, les poussent à poser des actions concrètes allant dans ce sens. Il est à présent évident pour tout le monde que l’argent investi dans la sécurité routière est finalement marginal à l’égard des coûts humains et économiques engendrés par les accidents de la route ».

Vias s’est vu confier l’exécution de divers projets de coopération internationale, comme par exemple des échanges d’experts avec l’Algérie, l’établissement d’une banque de données pour les accidents de la route au Cameroun ou encore la mise en place d’un véritable Observatoire Africain de la Sécurité Routière.

Les comportements routiers relèvent aussi de prérequis culturels

Mais au-delà des investissements en matériels de signalisation par exemple, le plus grand challenge est peut-être de changer les comportements des usagers de la route. Sachant que les améliorations dans notre pays ne se sont fait sentir qu’après des campagnes de sensibilisation s’étalant sans relâche sur plusieurs décennies, qu’en sera-t-il en Afrique ? Outre le fait que le permis de conduire est obtenu souvent trop facilement dans de nombreux pays d’Afrique et que le contrôle technique des véhicules est souvent peu efficace, il faut aussi tenir compte, comme le souligne Jean-François Gaillet, des éléments culturels impactant indéniablement l’approche de la circulation de tous les conducteurs selon leur origine et leur éducation. Un gros travail reste aussi à accomplir au niveau du contrôle et du suivi par la justice des gros contrevenants dans des pays où souvent la police est sous-équipée pour effectuer les contrôles et où la corruption reste très présente.

Le large spectre de compétences de Vias lui confère aussi un rôle à jouer dans la perspective d’une société plus inclusive. C’est en effet l’institut Vias qui homologue en Belgique les véhicules adaptés aux personnes à mobilité réduite : un autre savoir-faire qui, lui aussi, mériterait d’être promu dans les pays en développement. 

 

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