L'océan est une opportunité pour demain

Stefanie Buyst
03 août 2017
Les océans sont essentiels pour les petits États insulaires : leur économie en dépend entièrement. Ce constat vaut également pour les Seychelles dont l'économie est basée sur le tourisme maritime et le secteur de la pêche. Juste avant une conférence sur les petits États insulaires à Bruxelles (voir encadré), nous avons rencontré Ronny Jumeau, l'ambassadeur des Seychelles auprès des Nations Unies. Il souligne l'importance des océans pour son pays.  

« Sans les océans, notre économie n'est rien », insiste Ronny. Les Seychelles ont toujours été une « économie océanique », elles tirent leurs principales ressources du tourisme maritime et de la pêche. Le pays avait déjà commencé à imaginer un concept pour l' « économie bleue » - l'utilisation durable des richesses de la mer - avant Rio+20, la conférence des Nations unies sur le développement durable en 2012.

Pour l'instant, les Seychelles sont le leader mondial dans le domaine du financement du développement durable. En 2015, la Banque mondiale a même changé le statut du pays de « pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure » en « pays à revenu élevé ». De nombreux acteurs considéraient pourtant que cette promotion ne comportait pas que des avantages : le pays croulait en effet sous les dettes. Plus un petit État insulaire rencontre de succès avec des moyens limités, plus il peine à trouver des financements. « Atteindre le sommet est une chose, mais y rester en est une autre. Le changement climatique touche les océans, le tourisme souffre de l'érosion côtière, les récifs coralliens dépérissent, les marais, les mangroves et les stocks halieutiques s'affaiblissent... Voici les défis majeurs auxquels nous sommes confrontés.»

Les Seychelles ont toujours été une « économie océanique », elles tirent leurs principales ressources du tourisme maritime et de la pêche.

Aidez-nous à nous aider nous-mêmes

« Cela n'a pas de sens de se plaindre du fait que nous n'avons pas accès à l'aide publique au développement (APD). Nous avons trouvé d'autres sources : nous nous sommes adressés à des ONG, à des philanthropes et à la société civile. Les petits États insulaires ont leurs propres idées pour aider leurs économies ouvertes à survivre. Pour les réaliser, ils ont besoin de sources de financement innovantes et durables. »

Les Seychelles ont tout d'abord négocié un « échange dette-nature » (debt swap) avec le Club de Paris (Royaume-Uni, France, Belgique, Luxembourg et Italie). L'Afrique du Sud, membre du BRICS, un groupe de pays émergents, s’est jointe au Club pour aider les Seychelles à rembourser leur dette.

L'échange dette-nature a permis de réunir 21 millions de dollars afin de convertir 30 % de la zone économique exclusive (ZEE) des Seychelles en zones marines protégées. « Le territoire océanique des Seychelles est 3 000 fois plus grand que toutes nos îles réunies. Il s'agit du premier échange que le Club a consenti pour un petit État insulaire et pour les océans. Si cette formule est couronnée de succès, elle pourra servir de modèle pour tous les petits États insulaires ou les pays à économie océanique. »

Blue Bond

« Nous devons encore trouver des financements pour les 70 % restants. Nous avons donc frappé à la porte de la Banque mondiale et du Fonds pour l'environnement mondial (FEM), qui finance des actions climatiques. C'est ainsi que le « Blue Bond » a vu le jour, une combinaison de financements privés et publics destinés à stimuler la pêche durable. L'argent est prêté au secteur de la pêche, à condition que ce dernier s’engage à utiliser des techniques durables. Il incombe toutefois au secteur de rembourser le Blue Bond. »

Les pêcheurs des Seychelles contractent difficilement des prêts auprès de banques privées, qui leur demandent d’ailleurs le prix fort, à la différence des conditions accordées au secteur touristique.

Des pêcheurs des Seychelles trient leurs poissons
© IRD/Thibaut Vergoz

Une telle action était plus que nécessaire. Les pêcheurs des Seychelles contractent difficilement des prêts auprès de banques privées, qui leur demandent d’ailleurs le prix fort, à la différence des conditions accordées au secteur touristique. Le Blue Bond donne aux pêcheurs un coup de pouce financier afin qu'ils puissent continuer leur activité.

« Le Blue Bond se chiffre pour l'instant à 15 millions de dollars. Nous espérons pouvoir le lancer d'ici la fin de l’année 2017. Nous pourrons ainsi déplacer nos activités vers les 70 % de notre territoire océanique qui ne sont pas encore protégés. Grâce à notre initiative « Ocean Blue Bond », nous avons remporté le prix ‘Ocean Innovation Challenge’ à Bali. »

Atelier belge consacré aux petits États insulaires

À l'initiative de Didier Reynders, ministre des Affaires étrangères, notre pays a organisé du 7 au 9 mars un atelier spécifique pour les petits États insulaires en développement (PEID). Des représentants de 36 pays y ont pris part activement. L’objectif : débattre de la viabilité des océans et prendre la mesure de l'impact du changement climatique.

Les représentants des PEID ont également pu y rencontrer des ONG et entreprises belges qui apportent des réponses à une série de défis auxquels sont confrontés les petits États insulaires : production d'énergie hydraulique, solaire, houlomotrice et éolienne, élimination ou recyclage des déchets marins, dessalement de l'eau de mer et mesures de protection de la vie marine. Des contacts ont également eu lieu avec la Commission européenne.

Le SPF Environnement et la Commission océanographique intergouvernementale (COI-UNESCO) d'Ostende ont collaboré à l’organisation de cet événement. La Belgique veut persévérer dans son engagement pour la défense des intérêts des petits États insulaires.

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