L’or équitable gagne du terrain

Germain Mottet
21 janvier 2019
La production d'or, comme celle d'autres métaux précieux, n'est pas très transparente. Mais saviez-vous qu'il existe des labels tels que Fairtrade Gold et Fairmined authentifiant l'origine de l'or et les conditions dans lesquelles il a été extrait ?

Les produits équitables sont de plus en plus répandus. Il en reste pourtant certains auxquels nous n’aurions pas pensé. C’est par exemple le cas de l’or. Savez-vous qu’il existe désormais des labels certifiant la provenance du métal, les conditions de travail et la rétribution des mineurs ? Fairmined et Fairtrade Gold apparaissent comme des garants d’un or équitable.

 

Une exploitation contestable

Même si l’or est aujourd’hui une matière première aux usages multiples (fabrication de bijoux, composants électroniques, etc…), il n’en reste pas moins un produit de grande valeur. Son exploitation accrue à travers le monde est source de nuisances environnementales et sociales. La production industrielle a presque entièrement pris le dessus sur l’artisanat. L’activité s’est donc développée mais induit un impact environnemental plus néfaste qu’auparavant. Des conflits sociaux ont éclaté avec les populations locales à cause de l’accaparement des terres. Les mineurs n’ont pas vu leurs conditions de travail s’améliorer. Pourtant, ils sont exposés aux émanations toxiques et souffrent de l’utilisation de mercure. Tout cela pour une rétribution dérisoire. En outre, l’orpaillage (la recherche et l’exploitation de l’or) augmente la déforestation dans certaines régions du monde, comme l’Amazonie.

Les mineurs n’ont pas vu leurs conditions de travail s’améliorer. Pourtant, ils sont exposés aux émanations toxiques et souffrent de l’utilisation de mercure.

Un mineur au travail au Soudan
© iStock

Redorer l’image du secteur

Les labels Fairmined et Fairtrade Gold certifient que l’or vient de petites coopératives artisanales qui rétribuent correctement les travailleurs. Ces organisations doivent être responsables et démocratiques pour que leurs membres puissent profiter d’un prix équitable.Une prime Fairtrade leur permet de mener des projets communs. Ces labels offrent l’assurance de meilleures conditions de travail, de développement social et de protection environnementale. Ils veillent aussi à éliminer le travail d’enfants et se focalisent sur la traçabilité de l’or, de la mine au bijoutier.

La certification participe à la reconstruction d’une image positive du secteur de l’or. Les labels appliquent  des résolutions d’organisation internationales, comme la Convention 169 de l’Organisation internationale du travail (OIT). Celle-ci prévoit que les entreprises minières consultent les peuples indigènes et partagent les bénéfices avec ces derniers. La réalité s’en éloigne encore trop souvent.

L’or en chiffres

  • La fabrication d’une bague en or nécessite 50 000 litres d’eau et produit 20 tonnes de déchets toxiques 
  • 80 à 95% de la production de l’or est industrielle ;
  • On estime le nombre de mineurs artisanaux à 15 millions, soit 15% du total ;
  • 30% de l’or certifié est vendu dans des conditions équitables ;
  • L’or équitable est seulement 10 à 15% plus cher ;
  • Il existe actuellement au moins 16 orfèvres utilisant de l’or labélisé en Belgique.

Une alternative : l’or labellisé

Il peut paraître difficile de bousculer les méthodes de l’industrie, mais certains acteurs s’y essayent. C’est le cas de la Syanyonja Artisan Miners’ Alliance (SAMA), une organisation de mineurs en Ouganda. La SAMA a obtenu le label Fairtrade en 2016. Elle rassemble 600 mineurs. L’organisation a dû se conformer à certaines conditions, comme supprimer l’usage du mercure et le travail des enfants. La SAMA bénéficie du soutien de la Coopération belge au Développement, via leTrade for Development Centre - TDC. Près de 100 000 euros ont été octroyés. Investissements dans des installations, aide à la certification et enfin coaching en marketing permettent de fixer une stratégie durable pour l’organisation. Cet exemple a pour vocation d’inspirer d’autres initiatives à travers le monde.

Il existe actuellement au moins 16 orfèvres utilisant de l’or labélisé en Belgique.

Un orfèvre au travail
© iStock

Faciliter l’accès au marché

Une fois l’or extrait, il reste à l’écouler. Si les canaux traditionnels font la part belle à l’or industriel, l’or équitable manque de publicité. C’est dans la mise en réseau que se trouve la solution. CATAPA, une organisation bénévole gantoise, l’a compris. CATAPA sensibilise, fait du lobbying et promeut la coopération entre acteurs du secteur. Principalement active en Amérique latine, l’organisation suit également des zones minières en Grèce et Roumanie. Via sa campagne « Génération transition », CATAPA forme les jeunes au développement durable dans le secteur minier. La création d’un schéma d’intermédiaires pour commercialiser l’or éthique fait partie des objectifs.

Rendre éthique la filière de l’or, c’est également la mission de Humanum Gold. Il s’agit de l’initiative de Vicente J. Balseca Hernandez avec pour but la création de la première filière d’or éthique en Belgique. Il veut offrir des opportunités de développement aux communautés de mineurs. Pas de philanthropie, mais des outils pour atteindre l’autogestion. Le plus grand défi reste de convaincre les populations locales de changer leurs méthodes. Les coûts liés à la certification sont également un frein. Malgré tout, ce sacrifice ouvre des perspectives commerciales et garantit la transparence vis-à-vis des consommateurs.

Commerce équitable
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