« Nous devons ouvrir le marché bio péruvien »

Flor Flores – Trias Centroamérica
09 avril 2018
Dans la périphérie de Cuzco, Maria Calero Becerra (34) vend des produits naturels sous la marque Inkantu : savons, rouges à lèvres, shampooings et crèmes pour le visage. Les affaires sont fructueuses, même si la conscience écologique du consommateur péruvien peine à se développer. Maria compte sur le soutien de l’ONG Trias pour ouvrir progressivement la voie au marché bio.

 

Comment en êtes-vous arrivée à fabriquer et vendre des produits naturels agro-écologiques ?

Il y a 16 ans, j’ai suivi ici au Pérou une formation dispensée par une Écossaise. Cette expérience m’a inspirée. À la fin de l’atelier, j’en étais convaincue : je voulais créer ma propre entreprise. Dans un premier temps, j’ai acquis de l’expérience auprès d’Eco Trek Peru, un tour-opérateur spécialisé dans l’écotourisme. Il y a cinq ans, j’ai senti que le moment était venu de voler de mes propres ailes.

C’est donc à cette époque que vous vous êtes lancée dans la production de produits naturels agro-écologiques ?

Je possédais un capital d’amorçage de 10 000 sols. Tout a commencé dans une petite pièce. Aujourd’hui, je suis gérante de mon affaire et j’emploie trois collaborateurs. Notre entreprise est rentable, je suis satisfaite de ce que j’ai accompli. C’est déjà un beau résultat, compte tenu du fait que la durée de conservation limitée de nos produits restreint l’ampleur de notre marché. Par exemple, nous ne sommes pas en mesure de constituer un grand stock.

Où achetez-vous les matières premières de vos produits ?

La plupart de nos produits proviennent des marchés de gros à Quillabamba et San Martín. Les prix d’achat avantageux que nous négocions constituent la clé de notre succès parce qu’ils nous permettent de proposer des prix de vente plus compétitifs que ceux de nos concurrents.

Comment le travail est-il réparti entre vos collaborateurs et vous ?

La prospection commerciale requiert généralement ma présence à l’extérieur. Les magasins, musées, hôtels et restaurants constituent notre clientèle type. La plupart des produits sont envoyés à Cuzco, mais nous avons également quelques clients à Lima. De plus, nous vendons aussi nos produits toutes les deux semaines au marché bio de Cuzco. De nombreux touristes passent par-là, principalement des Américains. Le profil de mes clients ? Ce sont des gens qui affectionnent un mode de vie proche du végétarisme et du végétalisme.

Je possédais un capital d’amorçage de 10 000 sols. Tout a commencé dans une petite pièce. Aujourd’hui, je suis gérante de mon affaire et j’emploie trois collaborateurs. Notre entreprise est rentable, je suis satisfaite de ce que j’ai accompli.

Maria Calero Becerra en plein travail
© Trias/Isabel Corthier

Vos collaborateurs sont donc chargés de la production ?

En fait, je ne les considère pas comme des collaborateurs, mais comme des amis. J’estime important qu’ils assument beaucoup de responsabilités et qu’ils apprennent aussi par eux-mêmes. Je les vois évoluer en même temps que mon entreprise. Cela me procure une grande satisfaction. La seule tâche qui les rebute, c’est la fabrication des crèmes pour le visage. Je m’en charge toujours.

Que pensez-vous d’ARPE, l’association professionnelle des horticulteurs biologiques ?

C’est un beau projet pour sensibiliser les producteurs et consommateurs au thème de l’agro-écologie. Nous espérons surtout que notre entreprise parviendra à organiser davantage de marchés bio. Il s’agit d’ouvrir graduellement le marché des produits biologiques. Il faut donc se réjouir qu’ARPE s’adresse à encore plus de municipalités. L’appui de Trias est important pour accroître les capacités de notre association professionnelle. À cet égard, nous avons encore une importante marge de progression.

Quel est pour vous l’obstacle majeur en tant que gérante d’une petite entreprise ?

C’est sans aucun doute la SUNAT, l’administration fiscale du Pérou. Je dois payer une TVA de 18 % sur la vente sans aucun type de soutien en échange. Au contraire, pour gérer une entreprise officielle dans ce pays, il faut respecter une multitude de normes et affronter une machine administrative très lente. Pour un entrepreneur qui veut avancer, c’est très frustrant. Il n’existe pas d’alternative puisque, si vous ne payez pas la TVA, les autorités se précipitent pour vous infliger des amendes et éventuellement fermer votre commerce. Et si vous vous tournez vers la banque nationale du Pérou (Banco de la Nación), vous ne recevez pas de microcrédit. Heureusement, le marché privé compte suffisamment de créanciers.

Quel est votre plus grand rêve ?

J’aimerais ouvrir un magasin dans le centre de Cuzco. Cela me permettrait d’augmenter considérablement mon chiffre d’affaires. Avec l’actuelle marge bénéficiaire de mon entreprise, je peux économiser suffisamment d’argent pour que ce rêve devienne un jour réalité.

Avez-vous du temps à consacrer à vos hobbies ?

Bien sûr. Le week-end, j’essaie de prendre le plus de temps possible pour mes enfants. Lorsqu’aucun marché bio n’est prévu, je ne réponds même pas au téléphone.

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