Pas des avocats, mais des « parajuristes »

Marloes Humbeeck
17 avril 2019
Afin d’améliorer l’accès à la justice au Tchad, Avocats sans frontières (ASF) fournit un soutien technique et financier aux « parajuristes » du pays, des bénévoles qui informent la population locale sur ses droits.
 

Le Tchad compte 14 millions d’habitants… et 135 avocats. Ils exercent presque tous à N'Djaména, la capitale, où 32 % des habitants reçoivent la protection juridique dont ils ont besoin, alors que ce pourcentage est dix fois moins élevé à la campagne.
Les habitants des zones rurales peuvent donc difficilement faire valoir leurs droits. De plus, les citoyens ordinaires ne peuvent pratiquement pas se permettre d’engager un avocat.


Heureusement, des gens se portent volontaires pour contribuer à éviter les conflits et les résoudre pacifiquement. On les appelle les « parajuristes ». Ils sont formés par différentes organisations à la gestion des affaires juridiques les plus récurrents au Tchad. Il s’agit essentiellement de la violence domestique, des mariages forcés, de la négligence enfantine, des litiges portant sur la répartition des terres… De plus, ils apprennent à la population locale à se représenter elle-même devant un tribunal.
 

Nous voulons être parajuristes afin d’aider notre pays. Grâce à la formation, je comprends mieux les problèmes de notre société et je suis aujourd’hui davantage en mesure de sensibiliser les membres de ma communauté.

Madjibarne, parajuriste

Les parajuristes jouent un rôle social majeur au Tchad. Madjibarne (53 ans), mère de cinq enfants et parajuriste active depuis 2013, raconte : « Nous voulons être parajuristes afin d’aider notre pays. Grâce à la formation, je comprends mieux les problèmes de notre société et je suis aujourd’hui davantage en mesure de sensibiliser les membres de ma communauté. Je compte poursuivre mon engagement, car le bénévolat est vital pour le développement de mon pays. »
 

Marceline, parajuriste, avec des victimes
© ASF/Salma Khalil

Des conditions difficiles

Malheureusement, les parajuristes doivent souvent travailler dans des conditions difficiles. Ils ne sont pas toujours reconnus par les autorités, manquent de ressources financières et n’ont pas accès aux transports. Par conséquent, ils doivent souvent parcourir de longues distances à pied pour rencontrer leurs clients. Pour ces raisons, ils ne parviennent souvent pas à répondre aux besoins de leur propre famille.


L’action d’Avocats sans frontières et de ses partenaires locaux vise l’amélioration de ces conditions pour un Tchad plus juste. L’ONG organise des modules de formation pour les parajuristes sur les problèmes juridiques les plus fréquents au sein de leur communauté. L’organisation essaie également de mettre les parajuristes en contact, afin qu’ils puissent discuter des difficultés rencontrées et échanger leurs bonnes pratiques. En outre, l’organisation les aide à couvrir leurs frais de transport et de communication. Enfin, elle plaide pour une meilleure reconnaissance de leur rôle et de leur statut.

 

Tchad Justice
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