Petites îles, grandes craintes

Jonathan Pfund
01 septembre 2015
Les petites îles sont situées dans certaines régions parmi les plus vulnérables du monde, du fait de l’intensité, de la fréquence et de l’impact grandissant des catastrophes naturelles et environnementales. Par rapport à un pays de plus grande taille, une île frappée par une catastrophe naturelle peut subir un effondrement total de ses processus économiques, des dégâts environnementaux importants et de graves perturbations de son tissu social. Par ailleurs, en raison de la montée du niveau de la mer, une inondation totale de certaines îles est très probable à terme.

Les 52 petits pays insulaires sont les premiers menacés, bien qu'ils émettent ensemble moins de 1% des émissions globales de gaz à effet de serre. En outre, les progrès récents réalisés par ces petites îles en matière de développement risquent d’être mis à mal par les chocs majeurs actuels. Le changement climatique les a rendues plus vulnérables, comme l’ont récemment montré la crise financière mondiale, les crises alimentaires et des carburants ainsi que les catastrophes naturelles à grande échelle.

Depuis 2004, le nombre de réfugiés climatiques augmente dangereusement au rythme des catastrophes naturelles

Le secteur halieutique menacé

Parmi les secteurs d’activité les plus touchés par le changement climatique, celui de la pêche et de la pisciculture. Ce secteur économique clé pour les petits pays insulaires est particulièrement menacé. Or, celui-ci joue un rôle économique central dans les îles les plus petites et les plus isolées, en regard de la taille importante de leur zone économique exclusive dont elles peuvent tirer des revenus. En effet, le poisson est une source essentielle de nourriture et d’emploi dans de nombreux petits pays insulaires. Or, les îles sont confrontées à l’acidification des océans, ce qui diminue les ressources marines.

Au-delà des conséquences économiques sur le secteur de la pêche, le changement climatique a également un impact sur la sécurité alimentaire des petits pays insulaires qui dépendent fortement de ce secteur pour nourrir leur population. D’après les projections climatiques du GIEC, la quantité de poissons des récifs coralliens, essentiels pour l’alimentation des habitants, risque de baisser de 20 % d’ici 2050.

Des îles verdoyantes en Nouvelle-Calédonie
© IRD

Des premiers réfugiés climatiques à la disparition de milliers d’îles

Ce sont les habitants du petit village de Lataw sur les îles Torrès, au Nord de l’archipel du Vanuatu, au beau milieu du Pacifique Sud, qui ont été les premiers, à être désigné, en 2004, par les Nations Unies, comme « réfugiés climatiques ». Depuis, le nombre de réfugiés climatiques augmente dangereusement au rythme des catastrophes naturelles. En 2014, on comptabilisait 19,3 millions de personnes déplacées à cause des aléas climatiques, soit trois fois plus que celles déplacées à cause de conflits.

10.000 à 20.000 îles pourraient ainsi disparaître sous les eaux au cours du siècle

Les Etats archipels ne sont pas les seules régions menacées. Selon une étude récente du CNRS, le niveau de la mer devrait augmenter de 1 à 3 mètres d'ici la fin du siècle. Le CNRS a étudié les conséquences du réchauffement pour 1269 îles françaises réparties à travers le globe, de la France métropolitaine à la Polynésie, l'une des régions du monde les plus menacées par l'élévation du niveau des océans. Selon leurs conclusions, entre 5% et 12% de ces îles risquent d'être totalement submergées dans le futur. Extrapolé à l'ensemble de la planète, le modèle développé par les chercheurs français établit que 10.000 à 20.000 îles pourraient ainsi disparaître sous les eaux au cours du siècle. Les Philippines et l'Indonésie, qui comptent ensemble plus de 20.000 îles, ainsi que les Caraïbes sont particulièrement menacés.

Un appel lancé à la communauté internationale

A l’approche de la conférence de Paris devant sceller les engagements internationaux en la matière, les enjeux sont donc fondamentaux pour les petits pays insulaires. Les petits états insulaires sont très actifs dans les négociations internationales sur le climat. Leur alliance, l’AOSIS (Alliance of small islands states), réclame notamment que la communauté internationale s’accorde pour limiter le réchauffement global à + 1,5 °C. Les îles Marshall furent les premières, parmi les petites îles, à publier leurs engagements en la matière. Leur message est clair : « si l’un des pays les plus petits, les pauvres et les plus isolés géographiquement peut le faire, alors vous le pouvez aussi », déclara Tony de Brum, le Ministre des Affaires étrangères des îles Marshall, à l’attention des autres états, en particulier les gros émetteurs.

 

Savez-vous que …

  • 1% : Les 52 petits pays insulaires sont les premiers menacés bien qu'ils émettent ensemble moins de 1% des émissions globales de gaz à effet de serre.
  • 19.300.000 : En 2014, 19,3 millions de personnes ont été obligées de fuir leur foyer en raison de catastrophes liées aux aléas naturels. Soit trois fois plus que le nombre de personne déplacées à causes de conflits[1].
  • 4.000.000 : Environ 4 millions de personnes vivent aujourd’hui dans une île corallienne de moins de 1 km2 et d’au mieux 3 mètres d’altitude.
  • 20% : D’après les projections climatiques du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), la quantité de poissons des récifs coralliens, essentiels pour l’alimentation des habitants des petits pays insulaires, risque de baisser de 20 % d’ici 2050.

 

[1] http://www.lemonde.fr/climat/article/2015/07/20/en-2014-les-catastrophes-naturelles-ont-deplace-19-3-millions-de-personnes_4691173_1652612.html

 

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