Petits producteurs, grand chocolat

Elise Pirsoul
01 février 2013
Saviez-vous que le cacao serait né en Equateur, et qu’aujourd’hui encore c’est là qu’on trouverait la variété la  plus fine, la fameuse 'Fino y de Aroma' reconnue par les plus grands chocolatiers ? Comment faire de cette ressource extraordinaire et déjà existante un digne gagne-pain pour les petits producteurs ? C’est le défi relevé par la Coopération belge.

La "selva verde" d’Ignacio

Nord de l’Equateur, sur la côte, province d’Esmeraldas.  Serait-on au jardin d’Eden ? Des manguiers hauts à en toucher le ciel, des arbres surchargés de fruits aussi étranges que délicieux que côtoient des poulets effarouchés par notre présence. Tout pousse ici : fruits, plantes médicinales, légumes, bananes..., et parmi eux sont plantés des cacaotiers. C’est la "selva verde", la finca, la "propriété" (traduction de finca) d’Ignacio. On est bien loin des vastes monocultures de cacao détenues par les gros propriétaires fonciers. Ou des monotones rangées d’arbres aspergés régulièrement d’insecticide. Ici, les plants poussent en système de permaculture, aux côtés de plantes "amies", sans aucune addition de produit chimique. Ainsi Ignacio peut non seulement se nourrir des fruits et légumes de son jardin, mais aussi avoir des revenus décents pour sa famille grâce à la vente du cacao. Et sa variété, c’est la fameuse 'Fino y de Aroma', celle dont on ne trouve la meilleure sorte qu’en Equateur et que les grands chocolatiers du monde entier recherchent. Mais, si son goût est incomparable, elle demande des soins particuliers et sa productivité est trois fois moins élevée que celle des autres variétés, les cabosses et les fèves en sont plus petites, et l’arbre a besoin d’espace et d’ombre ainsi que la compagnie d’autres cultures.

Avant, j'avais une petite culture et je devais travailler comme ouvrier dans une usine de ciment pour gagner ma vie, maintenant je peux vivre de ma production et de mon savoir-faire. 

Homme montre la substance intérieure d'une fruit de cacao
© DGD/E. Pirsoul

La coopérative traite et vend le cacao

Après chaque récolte, Ignacio va déposer les fèves à la coopérative APROCA. Celle-ci rassemble la production 'Fino di Aroma' d’environ 150 producteurs dans le canton et garanti un traitement optimal des fèves de cacao. Créée depuis 7 ans avec l’aide de la Coopération belge, et soutenu depuis deux ans par le programme de développement rural du Nord de l’Equateur (PDRN) mis en œuvre par la CTB, la coopérative permet aux petits producteurs d’avoir une meilleure rétribution de leur production, une plus grande force sur le marché, et des certifications très pointues. Avant, les petits producteurs vivaient difficilement de leur terre. Ils étaient dépendants du cours du cacao fluctuant et souvent bas. "APROCA nous achète les fèves en pulpe à 0,47 dollars les 450 gr la livre Au lieu de 0,39 dollars ailleurs", explique Ignacio.

Les fèves d’Ignacio seront ensuite fermentées, séchées et triées, avant d'être vendues à des transformateurs. Les certifications 'bio' et même 'biodynamique' (Demeter - Rainforest Alliance), et la garantie de qualité qu’offre APROCA permet de vendre la production à un bon prix. L’appui de la coopération belge a permis de passer de 60 associés à 150. "Et nous voudrions doubler notre stock qui est actuellement de 120 tonnes par an", explique Francisco Peñarrieta, directeur commercial d’APROCA et lui-même producteur.

Dans une 'approche 'coopérative', APROCA connaît les champs de production de chacun. Avec l’aide de la coopération belge, 84 fermes ont pu obtenir la certification organique ; 100.000 petits cacaotiers ainsi que 6.000 arbres fruitiers ont été plantés. Les associés sont invités à s’entraider et recevoir des formations spécifiques pour améliorer leur production. "Avant, je devais payer quelqu'un pour tailler mes plants de cacao ; maintenant, ce sont les autres qui m’appellent pour que je le fasse. On me paie pour cela aussi", déclare, fier, Mártires Bautista Sol, un autre producteur-associé. Il continue : "Avant, j'avais une petite culture et je devais travailler comme ouvrier dans une usine de ciment pour gagner ma vie, maintenant je peux vivre de ma production et de mon savoir-faire. Mais je ne suis pas dépendant du cacao ; si la récolte est moins bonne, j'ai également des fruits et légumes à consommer et à vendre."

La permaculture

La permaculture est un ensemble de pratiques et de mode de pensée visant à créer une production biologique et soutenable, très économe en énergie et respectueuse des être vivants et leurs relations réciproques (comme par example, la cacaotier grandit mieux aux côtés du bananier). Elle vise à créer un écosystème productif en nourriture et autres ressources utiles, tout en laissant à la nature "sauvage" le plus de place possible. 

Dans les rayons du supermarché

La qualité du cacao APROCA est garantie et les grands noms du chocolat ne s’y trompent pas! Pacari, un must du chocolat équatorien haut de gamme, achète 70 % du stock d’APROCA. "Nous entretenons des relations presque personnelles avec 3.000 petits producteurs. Nous tenons à les connaître, aller sur leur champ, suivre le traitement des fèves pour être certains de la qualité. C’est parfois presque du social. C’est pourquoi nous adresser directement à une coopérative de qualité comme APROCA est un avantage. L’idéal serait de traiter seulement avec des associations", déclare Gabriela Paredes, assistante du créateur de la marque.

"Pacari est né d’une véritable passion de son créateur pour le chocolat. Le choix de ne traiter que du bio, d’avoir une 'responsabilité sociétale' affirmée, d’appuyer les petits producteurs tout en produisant un 'bon' chocolat, fait partie de la vision et de la mission de Pacari. Nous n’avons pas de label 'fair trade' car nous faisons du 'direct trade', dans lequel nous choisissons de payer mieux les petits producteurs pour leur qualité". C’est ainsi que le cacao d’Ignacio et des centaines de ses collègues se retrouve dans les barres de chocolat de luxe au goût intense sur les rayons des supermarchés équatoriens et les épiceries fines, à travers l’Amérique latine et même en Europe, aux Etats-Unis et en Australie.

Dans un pays à revenu moyen tel que l’Equateur, le programme de développement rural mis en œuvre par la CTB dans la filière cacao a pour objectif, à l’instar d’Ignacio, de donner la possibilité aux petits producteurs d’être fiers et de vivre dignement de leur culture, avec seulement un petit appui.

Cacao Equateur
Retour au dossier
Imprimer