Placer la santé à la une en Indonésie

Germain Mottet
29 janvier 2019
[Interview] Où en est la recherche sur la dengue, une maladie qui fait des centaines de victimes chaque année en Indonésie ? Dewi Safitri, journaliste à CNN Indonésie, a mené son enquête pendant son séjour en tant que journalist-in-résidence à l'Institut de Médecine Tropicale.

Pourquoi avez-vous choisi la dengue comme sujet ? Quelle est le lien entre cette maladie et votre pays d’origine ?

La dengue est un tueur de masse. Chaque année, des centaines de personnes décèdent de cette maladie. En 2015, plus de 1 200 personnes sont décédées à cause de la dengue en Indonésie. Plus de 125 000 personnes ont été contaminées. L’Indonésie est frappée par l’endémie. Mais je ne pense pas que les médias informent suffisamment sur la question : «Comment soulager le pays et la population de cette misère ?» J’essaie ici de comprendre le contexte de la recherche sur la dengue et de la lutte contre ce fléau.

 

Portrait de Dewi Safitri
Dewi Safitri

Y-a-t-il actuellement un vaccin ou un traitement possible ?

Oui. Ces dernières années, le groupe pharmaceutique français Sanofi a lancé le premier vaccin contre la dengue dans 20 pays, dont l’Indonésie. Mais une étude a révélé que le vaccin, nommé Dengvaxia, pouvait comporter un risque sérieux pour ceux qui n’avaient pas été infectés par la dengue au préalable. La bataille continue donc, car les scientifiques doivent retrouver un nouveau traitement. Cela peut prendre des décennies et il reste du travail, comme empêcher la transmission si aisée de la dengue par les moustiques.

 

Pourriez-vous décrire le système de santé indonésien ?

La demande de traitement en Indonésie - 4ème pays plus grand pays au monde en termes de population avec plus de 250 millions d’habitants - est énorme. Le système universel introduit en 2010/2011 prévoit que les gens paient avant d’être soignés. Mais ce système pose problème : l’inadéquation entre les montants payés et les soins prodigués. Le programme est sous-financé, éveille la méfiance de la population et ne répond ni aux attentes des patients ni à celles des professionnels de la santé. Le gouvernement est donc en train de revoir sa copie.

À l’heure actuelle, notre plus grande menace n'est pas la violence ou la répression, mais la propagation massive de fausses informations, les fameuses fake news. La seule façon de lutter contre cela est de développer un esprit critique, notamment grâce aux médias.

Vous êtes responsable de la déontologie chez CNN Indonesia. Pourquoi est-ce important d’être éthique quand on parle de sciences, de santé etc. ?

L’éthique joue un grand rôle dans le journalisme. Dans les matières scientifiques telles que la médecine, la pharmacie, la bioéthique, il faut redoubler de vigilance. Nous devons faire preuve de déontologie en traitant de thèmes qui eux-mêmes sont sensibles sur le plan de l’éthique. Par exemple, un laboratoire pharmaceutique qui réalise des essais cliniques sur des êtres humains doit faire preuve de la plus grande prudence. Mais dans les pays en développement, la réglementation est souvent moins stricte à cet égard. En tant que journaliste, cela pose question. Nous devons en être conscient et traiter de ces problématiques tout en nuances.

 

À quoi ressemble la vie de journaliste en Indonésie ?

L’Indonésie est sans doute l’un des pays les plus libres d’Asie pour les journalistes. J’en suis reconnaissante. Mais cela ne veut pas nécessairement dire que nous travaillons sans intimidation ou violence. Nous avons la chance de pouvoir nous déplacer, écrire et exprimer des inquiétudes. Jusqu'à présent, la plus grande place dans les médias indonésiens est occupée par la politique, la corruption et les catastrophes naturelles. Peu d’attention est donnée à la recherche et à l’innovation en matière de santé Mon but est d’en parler et de faire réfléchir. Je veux braquer les projecteurs sur ces sujets vitaux pour les Indonésiens.

 

Quel serait votre souhait pour le futur de votre pays ?

En tant que journaliste scientifique, je pense qu’il est essentiel pour les Indonésiens de se forger une opinion critique. Les médias ont une responsabilité là-dedans. À l’heure actuelle, notre plus grande menace n'est pas la violence ou la répression, mais la propagation massive de fausses informations, les fameuses fake news. Elles portent atteinte à la fiabilité de l'information et à la confiance de la population en nous. La seule façon de lutter contre cela est de développer un esprit critique, notamment grâce aux médias.

Journalist-in-Residence

 « Journalist-in-Residence » est une initiative de l’Institut de Médecine Tropicale (IMT). En 2018, 3 journalistes d’Asie et d’Amérique latine ont eu l’opportunité d’approfondir leurs connaissances sur un sujet relatif à la médecine tropicale ou à la santé mondiale. L’IMT est un partenaire fondamental de la Coopération belge au développement.

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