Plongez dans le cyberespace africain

Fanny Lamon
29 avril 2019
L’AfricaMuseum, c’est une série d’expositions portant sur l’Afrique et l’histoire du continent. Mais depuis sa récente réouverture, le musée tente d’y poser un regard nouveau. Le projet AfricaTube est une des façons de le faire. Deux « Tubers », Aisha Adepoju et Primrose Ntumba, ont invité Glo.be dans les coulisses du projet.

Parce que l’AfricaMuseum ne se voulait plus uniquement tourné vers le passé mais aussi vers le présent et surtout vers le futur, il s’est lancé dans un nouveau projet : AfricaTube. En un mot, il s’agit d’une bibliothèque virtuelle consacrée à l’Afrique digitale contemporaine. L’objectif ? Créer un lien entre l’AfricaMuseum et le cyberespace africain. Mais il y a bien plus à en dire. Plongeons-nous sur ce projet unique en son genre.

 

L’Afrique et l’Occident, deux mondes numériques en parallèle

Sur le web, est-il important de savoir d’où les internautes sont originaires ? Telle est la question que ce sont posés une série de jeunes de la diaspora africaine en Belgique. Pour y répondre, ces jeunes, âgés de 16 à 25 ans, ont exploré le web à la recherche de contenus directement produits par des Africains et afro descendants. Mais leur tâche n’a pas été si facile que ça. Pourquoi ? Comme nous l’explique Aisha Adepoju, « tout ce que les Africains produisent sur le web nous atteint difficilement parce que leurs contenus sont soumis à des algorithmes occidentaux générés par des moteurs de recherche comme Google et autres ». Autrement dit, quand un Occidental fait une recherche sur le net, ce sont d’abord des sites occidentaux qui lui sont proposés. « Mais cela ne veut pas dire pour autant que les Africains ne sont pas présents dans le monde numérique. Il est important que le monde sache que les Africains aussi créent, produisent et inventent des outils technologiques ainsi que des produits culturels ! », précise Aisha.

Tout ce que les Africains produisent sur le web nous atteint difficilement parce que leurs contenus sont soumis à des algorithmes occidentaux.

Aisha Adepoju

En route vers l’exploration de la sphère digitale africaine

La technologie a connu un essor incroyable ces dernières années et continue de s’implanter dans nos vies quotidiennes. Pendant ce temps, l’Afrique a la population de jeunes qui croit le plus rapidement au monde. Cette nouvelle génération commence alors à se connecter en ligne et à utiliser les espaces numériques pour définir de nouvelles identités visuelles plus en phase avec l’Afrique contemporaine. Pourtant, comme ces points de vue ne nous parviennent pas facilement, ce qui entraine qu’encore trop de clichés et d’idées fausses nous viennent à l’esprit quand on pense à l’Afrique.

C’est là qu’AfricaTube intervient. Le projet a trois objectifs principaux. D’abord, combler le fossé numérique entre l’Occident et l’Afrique en ce qui concerne les représentations des Africains et afro descendants. Ensuite, changer la façon dont les Occidentaux perçoivent le continent africain grâce au grand potentiel que possède l’Internet. Enfin, créer un lien avec les jeunes du monde entier issus de la diaspora africaine. « Grâce à l’Internet et aux médias sociaux, une forte unité entre les Afro-descendants peut se développer à travers le monde. On peut même créer une nouvelle identité qui surpasse les frontières. C’est déjà en train de se faire, et l’idéal serait que l’Afrique elle-même développe ses réseaux de distribution. Mais cela n’est possible que si l’Occident sort de sa bulle numérique » nous explique Primrose Ntumba.

Grâce à l’Internet et aux médias sociaux, une forte unité entre les Afro-descendants peut se développer à travers le monde. On peut même créer une nouvelle identité qui surpasse les frontières.

Primrose Ntumba

Comment AfricaTube est-il implanté dans le musée ?

Dans l’espace AfricaTube, le visiteur peut regarder des vidéos ou écouter de la musique africaines via des écrans tactiles ou des projections sur les murs. Une façon innovante donc de comprendre ce qui se passe sur le web concernant l’Afrique, sa jeunesse et ses produits culturels. L’exposition se présente sous cinq thèmes :

  • Digital gap : initie le public à la question de l’accès aux technologiques sur le continent africain.
  • Tech and innovation : présente les initiatives entreprises par les jeunes qui utilisent les technologies pour créer des contenus innovants.
  • Sharing knowledge : met en lumière les moyens alternatifs de partager les contenus numériques.
  • ID & New narratives : présente les artistes et les plateformes qui créent de nouvelles histoires et images locales sur le continent africain.
  • Social movements : met en lumière la manière dont les nations africaines et leurs jeunes générations s’engagent de manière critique à travers le continent.

Finalement, AfricaTube, c’est une façon innovante d’en savoir plus sur ce qui se passe sur le continent africain tout en combattant les clichés qui persistent encore trop souvent à l’égard des pays du Sud.

Deux questions aux tubeuses

 

Quelle place occupe l’Afrique dans le monde digital ?

 

Aisha Adepoju : L’Internet évolue à deux vitesses. D’un côté, l’Occident vit dans une sorte de bulle numérique dans laquelle les internautes lisent des articles, écoutent de la musique et regardent des vidéos d’origine uniquement occidentale. De l’autre côté, l’Afrique traverse une révolution numérique alimentée par l’émergence de l’Internet à haut débit et des cybercafés. Dans ce contexte, de nombreux jeunes talents africains s’engagent sur le web, que ce soit politiquement ou culturellement. Les Africains sont donc présents sur le web mais ont peu de visibilité dans nos médias.

Primrose Ntumba : Et c’est justement pour cette raison que nous avons mis en place AfricaTube. Si les algorithmes des moteurs de recherche empêchent les Occidentaux d’accéder à des contenus numériques d’Afrique et que ces contenus ne sont pas représentés dans nos médias traditionnels, quelle est l’image que les Occidentaux ont des Africains ? AfricaTube permet de montrer aux visiteurs des images de l’Afrique qu’il ne trouveraient pas ou très peu dans les médias sociaux. 

 

Qu’est-ce qui fait d’AfricaTube un projet unique en son genre ?

 

Primrose Ntumba : AfricaTube veut donner une vision directe de ce qu’est l’Afrique contemporaine. En quelque sorte, c’est l’espace dans le musée qui permet d’avoir d’autres contenus narratifs, d’autres discours et d’autres points de vue sur le continent africain puisqu’il expose des vidéos, des photos et de la musique produites directement par la jeune génération africaine d’aujourd’hui.

Qui sont les deux tubeuses interviewées

Photos des 2 tubeuxes

 

Aisha Adepoju a 23 ans et étudie le Cinéma documentaire au RITCS. Après avoir obtenu son diplôme, elle a commencé à travailler à temps plein sur le projet AfricaTube. Au cours de ses recherches, elle s'est surtout concentrée sur la production culturelle. Sur base de ses résultats recueillis, elle a créé le récit du projet. C’est elle qui le fait vivre dans le nouveau AfricaMuseum et qui en assure le suivi.

 

Primrose Ntumba a 26 ans et a étudié la Communication à la VUB. Après avoir fait du bénévolat, elle a commencé à travailler pour l’AfricaMuseum. Elle se concentre principalement sur la communication et les relations avec les diasporas africaines.

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