Pourquoi les jeunes d’Afrique de l'Ouest migrent-ils?

Toon De Clerck
14 janvier 2019
En Afrique de l'Ouest, de nombreux mineurs migrent à la recherche de meilleures conditions de vie. Les chiffres exacts ne sont pas connus. Save the Children et le Mixed Migration Centre ont enquêté sur ce phénomène.

Manuele De Gaspari de Save the Children explique la méthodologie de la recherche : « Les chercheurs se sont concentrés sur la migration des mineurs non accompagnés dans 4 pays d'Afrique de l'Ouest, à savoir le Burkina Faso, le Mali, le Niger et le Sénégal. Ces experts ne considéraient pas la migration comme un problème, mais comme une phase de la vie où les enfants se lançaient à la recherche d'opportunités ».

La recherche ne s'est pas toujours déroulée sans mal. « Nous avons rencontré différents obstacles », explique M. De Gaspari. « Tout d'abord, nous ne disposons que de peu d'informations sur les chiffres concrets. De nombreux mineurs n'ont jamais fait l'objet d'une inscription officielle dans les registres. Il est également difficile de les joindre en raison de leurs déplacements internationaux. En outre, la région est très vaste et diversifiée, ce qui rend presque impossible de tirer des conclusions générales ».

 

Phénomène divers et périlleux

M. De Gaspari souligne que la mobilité des mineurs est un phénomène très divers : « Les itinéraires utilisés et les raisons qui sous-tendent la mobilité sont peu homogènes. La constante est que les enfants se déplacent vers des centres économiques mais ils ne veulent certainement pas tous aller en Europe. La plupart d'entre eux restent en Afrique de l'Ouest. Seule une petite partie décide de traverser la Méditerranée ».

Les migrants mineurs rencontrent de nombreux dangers au cours de leur voyage. L'histoire d'Eric Soma, 19 ans, originaire du Burkina Faso, illustre bien cette réalité. Parti pour la capitale malienne Bamako en auto-stop, il a rejoint un groupe de migrants. Une fois arrivé au Mali, certains de ses compagnons se sont fait attaquer et assassiner sous ses yeux.

L'histoire d'Eric est loin d'être un cas isolé. Selon M. De Gaspari : « Les jeunes risquent constamment d'être victimes d'exploitation, y compris sexuelle, d'enlèvement, d'attaques, etc. Le nord du Mali et la région du lac Tchad sont des endroits particulièrement dangereux, car les groupes armés y recrutent des mineurs pour en faire des enfants soldats ».

La constante est que les enfants se déplacent vers des centres économiques mais ils ne veulent certainement pas tous aller en Europe. La plupart d'entre eux restent en Afrique de l'Ouest.

Manuele De Gaspari - Save the Children

À la recherche d'opportunités

Pourquoi les jeunes s'exposent-ils à tant de dangers ? M. De Gaspari explique : « Leur départ peut s'expliquer de plusieurs façons. D'abord et avant tout pour des raisons économiques : ils sont à la recherche d'un emploi. Ce raisonnement s'applique certainement aux fils aînés d'une famille, souvent poussés à émigrer pour gagner de l'argent pour le reste de la famille. Ces jeunes peuvent également décider de fuir la violence (familiale) ou des rituels traditionnels tels que les mutilations génitales. »

La collègue de M. De Gaspari, Amanda Azzali, partage son point de vue : « Les jeunes ne se contentent pas de fuir, ils sont en quête de nouvelles opportunités. Les filles des campagnes fuient le carcan rigide et conservateur de leur communauté et cherchent à obtenir une meilleure égalité entre les sexes. De plus, les jeunes élargissent leur réseau social et le voyage renforce souvent leur confiance en soi et leur image de soi. Au cours de leur voyage, ils sont obligés d'acquérir de nouvelles compétences, comme par exemple apprendre à faire la cuisine. L'estime de soi en sort renforcée. »

 

Nécessité d'un meilleur contrôle

M. De Gaspari et A. Azzali concluent que les jeunes d'Afrique de l'Ouest utilisent la migration comme une stratégie destinée à contrer les problèmes auxquels ils sont confrontés. Les chercheurs ne considèrent pas la migration comme un problème, mais comme un phénomène social qui doit être mieux géré afin de le rendre plus sûre. Avec Save the Children, nous nous y employons en identifiant les jeunes les plus vulnérables et les plus marginalisés. Nous les assistons et les informons de leurs droits », conclut Mme Azzali.

Consultez le rapport de recherche complet de Save the Children et du Centre de migration mixte ici.

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