Préférez les forêts à la climatisation

Chris Simoens
02 juillet 2018
Saviez-vous qu'un seul arbre a un potentiel de climatisation égal à celui de l’air conditionné de deux ménages ? Trop souvent nous avons tendance à oublier l’impact des forêts sur notre quotidien. L’homme a besoin d'espace pour vivre, pour construire des routes, pour implanter l'industrie et, en bref, pour se développer. Finalement, quelle est l’utilité des forêts, à part d’offrir du bois et  de permettre d’agréables promenades dominicales ?

Une telle vision si restrictive néglige un aspect essentiel : l’étroite interdépendance de tout ce qui existe sur notre planète. Or, le changement climatique est précisément le résultat d'une perturbation de cet étroit maillage. De nombreuses mesures de lutte contre le réchauffement climatique ont été planifiées. À cet égard, les forêts jouent principalement le rôle de réserves de carbone, cette substance étant la principale coupable du changement climatique.

Un groupe de scientifiques venant du monde entier - avec notament le soutien de la Coopération belge au développement via le Conseil interuniversitaire flamand (VLIR-UOS) - a mis un bémol à cette vision (*). Bien que les forêts jouent un grand rôle dans le cycle du carbone, elles jouent un rôle de plus grande ampleur encore dans la gestion de l'eau et de l'énergie. Les scientifiques appellent donc les décideurs politiques à se détacher d'une vision orientée sur le carbone et à utiliser les forêts comme de puissants outils de lutte contre le réchauffement climatique et d'amélioration de la disponibilité de l'eau.

En raison de leur impact sur le climat, les forêts et les arbres sont indispensables pour garantir à l'avenir notre approvisionnement en eau et en nourriture. D'ailleurs, les forêts et les arbres fournissent beaucoup plus que le bois. Pensons aux fruits,  aux aliments pour animaux, au miel et aux médicaments par exemple. En outre, ces bois abritent 80 % de la biodiversité, ce qui représente un intérêt économique énorme.

Pourtant, les forêts sont toujours abattues massivement. Entre 2000 et 2012, 1,5 à 1,7 million de km² de forêts - soit 3,2 % de la superficie forestière totale - ont disparu du fait de l'abattage, de la conversion en terres agricoles, de l'expansion urbaine et des incendies de forêt. Environ 18 % du réchauffement climatique est dû à la disparition des forêts. Il est donc grand temps de les utiliser à bon escient dans la lutte contre le changement climatique.

Les scientifiques ont déterminé cinq influences importantes des forêts sur la gestion de l'eau et de l'énergie.

 

1. Plus de précipitations grâce aux forêts

  • À travers les feuilles, les arbres permettent l’évaporation d’une grande quantité d'eau du sol. Environ 40 % des précipitations sur terre proviennent de l'évapotranspiration des arbres, en plus de l'évaporation spontanée de l’eau.
  • Dans les zônes tropicales, l'air qui circule au-dessus des forêts provoque deux fois plus de pluie que lorsque la végétation est clairsemée.
  • L’action des forêts entraîne des effets parfois visibles à des milliers de kilomètres. Par exemple, les forêts du Congo sont à l’origine des précipitations sur les hauts plateaux éthiopiens ou la forêt amazonienne dans les Andes argentines.
  • Les arbres libèrent des particules comme le pollen, les spores fongiques et les cellules bactériennes. Ces éléments peuvent servir de noyaux de condensation pour former de la pluie ou de la neige. La déforestation entraîne moins d'évapotranspiration et donc moins de précipitations.
  • En haute altitude, les forêts de nuages peuvent capter l'humidité du brouillard et des nuages.
Une forêt dans le brouillard
© Shutterstock

2. Les arbres et les forêts sont des climatiseurs naturels

  • Sous les cimes des arbres, la température est sensiblement plus basse que dans les espaces ouverts ou en ville.
  • Les arbres utilisent l'énergie solaire pour permettre à l'humidité de s’évaporer. L'évaporation spontanée de l'eau au niveau du sol et des cimes dans les forêts consomme également de l'énergie. À l’exemple de la sueur qui s'évapore sur la peau humaine, ce phénomène refroidit la surface de la terre.
  • Un seul arbre a un effet rafraîchissant similaire à celui des climatiseurs de deux ménages moyens, soit un moyen beaucoup moins cher et plus économe en énergie que la climatisation.

 

3. Les forêts font circuler l'air et l'humidité

  • Les arbres et les forêts forment la base des courants d'air dans l'atmosphère.
  • De vastes zones boisées homogènes, de la côte à l'intérieur des terres, transportent l'humidité atmosphérique en profondeur dans les continents.
  • Les forêts côtières absorbent la majeure partie de l'air humide de la mer. Elles entrainent de l'air humide vers l'intérieur du pays.

 

4. Les arbres et les forêts améliorent le renouvellement des eaux souterraines

  • Les arbres et les forêts facilitent l’infiltration de l'eau dans le sol. Hors de la protection des arbres, les sols se dégradent et perdent des nutriments et du carbone organique, leur structure est plus faible et ont plus de difficulté à absorber l'eau. En conséquence, l'eau de pluie s'écoule et les particules fertiles du sol sont emportées (= érosion).
  • Avec leurs racines, les arbres percent des macropores dans le sol. La faune du sol qui vit autour des racines des arbres y contribue également. Grâce à ces pores, l'eau s'écoule assez rapidement vers les profondeurs du sol.
  • L'ombre et les feuilles tombées sous les arbres permettent également une meilleure absorption de l'eau, moins d'évaporation et plus de faune du sol.
Vue aérienne sur la forêt de Salonga avec une rivière sinueuse
© Kim Gjerstadt

5. Les arbres régulent le débit des rivières

  • Le débit des rivières varie en fonction des précipitations. Les arbres amortissent ces fluctuations car ils stimulent le renouvellement des eaux souterraines (voir 4). Avec plus d'eau souterraine disponible, moins de rivières et de sources d'eau souterraine risquent l’assechement  lorsque les précipitations se font plus rares.
  • La déforestation rend plus difficile la pénétration de l'eau dans le sol, ce qui entraîne son écoulement superficiel et le drainage des sédiments. Cela peut entraîner l'envasement des cours d'eau. En l'absence de forêts, le débit des rivières devient beaucoup moins prévisible et le risque d'inondation et de sécheresse augmente.

 

SOURCES

(*) Trees, forests and water: Cool insights for a hot world. Ellison et al. Global Environmental Challenge 43 (2017), 51-61.

https://www.weforest.org/page/forests-water-and-climate-change

 

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