Protection sociale pour tous

Koen Detavernier - 11.11.11
01 avril 2016
Tomber malade et ne pas pouvoir payer son traitement. Perdre son emploi, voir ses récoltes ravagées et ne pas avoir de revenu de remplacement. Travailler toute sa vie et ne pas percevoir de pension. Une triste réalité pour 73 % de la population mondiale.

L’absence de protection sociale dépend de nombreux facteurs : pays, zone urbaine ou rurale, parents riches ou pauvres, garçon ou fille, emploi déclaré ou non. C’est fondamentalement injuste.

49 % des personnes âgées dans le monde ne perçoivent pas de pension. Les retraités se situent souvent sous le seuil de pauvreté. 39 % de la population mondiale, et même plus de 90 % des habitants de pays à faible revenu, ne bénéficient pas d’interventions en soins de santé. Chaque année, cent millions de personnes sombrent dans la pauvreté à cause des coûts élevés des soins de santé.

La plupart des pays, même ceux à faible revenu, disposent de programmes de protection sociale. Les fonctionnaires et les employés de la (petite) économie formelle en ont souvent l’exclusivité au détriment des personnes travaillant dans l’agriculture ou l’économie informelle. Les coupoles d’ONG 11.11.11 et CNCD-11.11.11, les syndicats, les mutualités et les ONG ont donc mené durant deux ans une campagne sous le slogan : « Protection sociale pour tous ».

49 % des personnes âgées dans le monde ne perçoivent pas de pension.

Droit pour tous

En 1948, la Déclaration universelle des droits de l’homme a reconnu le droit à la protection sociale. En 1952, l’OIT l’a placé au cœur de la convention 102 (norme minimum de la sécurité sociale). Ces dispositions étant trop souvent restées lettre morte, une recommandation sur les « socles de protection sociale », ou garanties de base, a rappelé ce droit en 2012, proposant les fondations sur lesquellesune protection sociale complète doit être construite.

Il n’existe pas de définition universelle de la protection sociale. Les pays doivent, en concertation avec les organisations sociales, définir leurs priorités et les moyens d’y parvenir. Dans cette campagne, la protection sociale englobe « un ensemble cohérent d’initiatives et de mesures structurelles basées sur la solidarité qui doit  garantir à chaque individu des revenus suffisants et l’accès aux services de base, tout au long de sa vie. » Tant la garantie de revenu que l’accès aux services de base sont indispensables à une vie décente.

Levier de développement

La protection sociale représente aussi un puissant levier de développement. Une protection sociale complète, à toute période de la vie, peut changer fondamentalement une société car elle redistribue les richesses, atténue l’inégalité des sexes et relance le développement économique. De plus, elle soutient le pouvoir d’achat en cas de difficulté économique, et évite le basculement dans la pauvreté au moindre aléa de la vie.

Réalisable et abordable

Selon une étude de 11.11.11, l’HIVA et l’Oxford Policy Management, un socle élémentaire de protection sociale est réalisable et abordable partout, même dans les pays les plus pauvres. Au Burundi, pays très pauvre, une protection sociale minimale ne requiert que 12,7 % du PIB. L’Indonésie et le Pérou, pays à revenus intermédiaires, semblent aussi pouvoir se le permettre. Les clés : une volonté politique suffisante et de bons choix politiques. La responsabilité incombe aux autorités nationales qui doivent augmenter leurs revenus grâce à une politique fiscale solide et à la lutte contre l’évasion et la fraude fiscales internationales.

Cependant, la solidarité internationale reste indispensable dans les pays les plus pauvres. Elle peut s’exprimer par le soutien des pays riches, soit directement soit par l’intermédiaire du programme phare de l’OIT sur les socles de protection sociale. Les pays à revenus intermédiaires ont aussi besoin de coopération internationale pour renforcer leur protection sociale. Surtout en matière d’échange d’expériences, de renforcement des capacités et de coopération d’égal à égal entre services spécialisés. La Belgique peut et doit partager son expertise unique en la matière.

 

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