Renforcer les femmes pour diminuer la faim

Chris Simoens
03 mai 2018
Dans la lutte contre la faim et la malnutrition, la stratégie la moins coûteuse et la plus efficace consiste à renforcer la position de la femme, d’après le rapport d’Olivier De Schutter, rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l’alimentation.

 

Dans les pays en développement, les femmes produisent 60 à 80 % de la nourriture, une proportion accentuée par l’exode croissant des hommes vers les villes, à la recherche de travail. Aussi est-il capital de garantir réellement aux femmes des chances égales à celles des hommes, insiste le rapport Gender equality and food security: women’s empowerment as a tool against hunger. Si elles disposaient du même accès que les hommes aux moyens de production (semences, engrais, crédits, informations, terres, etc.), le rendement de leurs récoltes augmenterait de 20 à 30 %. Ce qui se traduirait par une hausse de 2,5 à 4 % de la production agricole dans les pays en développement et par une baisse de 12 à 17 % du nombre de personnes souffrant de la faim dans le monde !

Cercle vicieux

La discrimination est le fruit d’un cercle vicieux.  Moins scolarisées, elles occupent une position plus fragile au sein de la famille. Outre les travaux des champs, elles doivent remplir nombre d’autres tâches (non rémunérées et sous-évaluées), qu’il s’agisse de la prise en charge des enfants ou des personnes âgées, ou des malades, de l’approvisionnement en eau ou en bois, ou encore de la préparation des repas. Elles n’ont donc que rarement la possibilité de quitter la maison pour suivre des formations ou chercher du travail. Fréquents, les mariages précoces produisent des mamans très jeunes.

 

Femmes des champs

 

Mère célibataire de deux enfants en Éthiopie, Amaretch (29 ans) vit chez ses parents. Elle s’occupe seule d’une terre de 0,75 hectare. Dans sa région, le Tigré, les femmes peuvent posséder des terres, mais il leur est défendu de labourer, un travail qu’elles doivent faire réaliser par un homme en échange de la moitié de la récolte. Ce procédé met à mal la sécurité alimentaire d’une contrée où 30 à 40 % des familles reposent sur une femme. Le Tigré a perdu beaucoup d’hommes sous le régime du Derg et lors de la guerre contre l’Erythrée.

 

Heureusement, Amaretch a pu compter sur le programme de Caritas et ADCS (voir Dimension 3, avril 2013). Après de longues discussions avec ses parents, les anciens du village et, surtout, les responsables religieux, le tabou a été brisé petit à petit. " Il y a trois ans, j’étais au champ avec un bœuf pour la première fois, terrifiée", dit-elle en riant. "Mais aujourd’hui, labourer fait pour moi partie de la routine ! Et mes parents, qui s’y étaient tellement opposés, sont ravis que je puisse le faire."  Ils en voient aussi le résultat et sont conquis. Au début du programme, Amaretch a reçu un bœuf en prêt, d’une valeur de 3.000 birrs (116 euros). Elle a pu vendre l’animal, une fois engraissé, pour 6.000 birrs et acheter ainsi un autre bœuf, mais aussi un mouton, des poules et des rongeurs. Actuellement, Amaretch peut économiser 50 birrs par mois et investit même dans l’or.

Femme posant avec son boeuf
© DGD/C Simoens

Tous secteurs confondus

Il est difficile mais nécessaire de sortir de ce cercle vicieux, estime De Schutter. Ce changement aboutirait à l’amélioration notable de la sécurité alimentaire, à faible coût. C’est pourquoi le rapport invite tous les pays à définir une stratégie de promotion de l’égalité des sexes dans l’ensemble des secteurs. Il ne suffit pas de garantir aux femmes un accès complet à l’éducation, la terre et l’argent : des investissements sont également requis dans le domaine de la garde des enfants et de l’approvisionnement en eau et en énergie. Pour un véritable changement, les hommes doivent comprendre l’intérêt, pour la famille entière, du renforcement des droits de la femme. Sans oublier que les femmes doivent être mieux représentées dans les organes décisionnels, dans les villages jusqu’au parlement national.

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