Six dangers qui menacent nos océans

Koen Vandepopuliere
09 juin 2017
 
Notre empreinte écologique atteint un niveau de plus en plus alarmant. Les océans souffrent également de notre course effrénée à la croissance. Cet aperçu des conséquences sur la faune et la flore, et en fin de compte, sur l’homme, mène immanquablement à cette conclusion : il est grand temps d’inverser la tendance ! 

 

 

Les océans font face à de grands bouleversements. Nous en avons examiné six.

 

1. Surpêche

Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), quelque 80 millions de tonnes de poissons sont capturés chaque année dans les mers et les océans. En 2011, la surpêche concernait 29 % de la superficie maritime, entraînant par conséquent une régression constante des stocks halieutiques. La menace pèse aujourd’hui sur 61 % des espaces maritimes. Par comparaison, au début des années 1950, les catégories de poissons victimes de la surpêche ou d’une pression de pêche maximale représentaient, ensemble, moins de 5 % du total, contre 90 % à l’heure actuelle. 10 % seulement des espèces sont donc pêchées dans des limites raisonnables.

 

2. Dégradation des écosystèmes côtiers

Les écosystèmes des zones côtières tels que les mangroves, les prés salés et les prairies sous-marines jouent un rôle important dans la lutte contre le changement climatique. En effet, ils servent de protection contre les tempêtes et l’augmentation du niveau de la mer. Ils empêchent l’érosion de la ligne côtière, causée par la perte de particules de sable. De tels écosystèmes emmagasinent de grandes quantités de gaz à effet de serre, freinant ainsi le changement climatique. La quantité totale de carbone enregistrée dans ces zones côtières est cinq fois supérieure à celle dans les forêts tropicales. De plus, ils offrent un habitat aux nombreux poissons qui servent ensuite de moyens de subsistance aux communautés résidant dans cet environnement. Pourtant, malgré ces avantages, ils font partie des écosystèmes les plus menacés sur terre. Selon la Blue Carbon Initiative, coordonnée par l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), entre 340 000 et 980 000 hectares sont détruits chaque année.

 

La quantité totale de carbone enregistrée dans les zones côtières est cinq fois supérieure à celle dans les forêts tropicales.

La quantité totale de carbone enregistrée  dans les zones côtières est jusqu'à cinq fois plus élevée  que celle des forêts tropicales
© IRD/Jean-Michel Boré

3. Pollution

Selon l’UNESCO, 80 % de la pollution marine provient du continent. Il s’agit entre autres d’eaux usées et d’engrais chimiques qui rejettent de grandes quantités de substances nutritives en mer. Cette surabondance de nutriments engendre la prolifération d’algues. Ces dernières puisent une telle quantité d’oxygène dans l’eau que de plus en plus de zones s’en trouvent dépourvues. Elles sont de fait désertées par la vie sous-marine. À titre d’exemple, le golfe du Mexique, où se jette le Mississippi, contient une zone morte de quelque 13 000 km². Au niveau mondial, il en existe aujourd’hui près de 500, totalisant une superficie de 245 000 km², ce qui correspond grosso modo à la superficie du Royaume-Uni.

En décembre 2016, les Nations Unies ont publié le rapport « Marine Debris ». Celui-ci révèle que le nombre d’espèces affectées par les débris marins est passé de 663 à 817 depuis 2012. Les espèces animales telles que les poissons, les oiseaux, les reptiles et les mammifères souffrent de la pollution. Les chercheurs expliquent que 40 % des cétacés et 44 % des oiseaux marins ingèrent des déchets composés à 80 % de matière plastique (voir encadré).

L’année passée, en 2016, la Fondation Ellen MacArthur a lancé un nouvel avertissement inquiétant. Si nous continuons d’agir comme nous le faisons actuellement, les océans contiendront plus de plastique que de poissons d’ici 2050.

De plus, les plastiques contiennent des substances toxiques telles que des plastifiants et des colorants et les déchets plastiques en absorbent beaucoup d’autres comme les PCB, les DDT et les HAP. Selon l’écotoxicologue Colin Janssen de l’UGent, les mollusques de la mer du Nord contiennent tellement de plastique que nous ingérons facilement chaque année jusqu’à 11 000 particules de plastique.

Il existe encore beaucoup d’autres formes de pollution maritime. Par exemple, le pétrole, les substances radioactives, les métaux lourds et autres substances toxiques, ainsi que les saletés provenant de l’atmosphère.

 

4. Acidification

En raison de l’utilisation importante de combustibles fossiles, le taux de CO² dans l’atmosphère est en augmentation constante. Selon les Nations Unies, les océans en absorbent environ 26 %.  Or, la dissolution du CO² dans l’eau entraîne l’apparition d’acide carbonique. Par conséquent, depuis le début de la révolution industrielle, les océans ont connu une augmentation de 30 % de leur taux d’acidité. Ce phénomène oblige de nombreux organismes présents dans l’océan à consacrer davantage d’énergie  à la formation de leur coquille et d’autres structures. L’acidification à elle seule rendra un nombre croissant de zones invivables pour ces organismes.

L’ONU avertit que dans quelques décennies, les coraux ne pourront plus se développer dans les océans tropicaux. Pourtant, les récifs coralliens sont les nurseries des océans et des oasis de biodiversité.

 

5. Diminution de l’oxygène

Les nombreuses substances nutritives qui circulent dans les océans, issues entre autres des engrais, sont à l’origine de zones mortes pauvres en oxygène, situées surtout dans les zones côtières. Et le réchauffement des océans provoqué par le changement climatique accentue encore la disparition de l’oxygène. Une étude publiée en 2017 dans la revue scientifique Nature révèle que la teneur en oxygène des mers a diminué de plus de 2 % durant ces 50 dernières années. De plus, une enquête de 2010, publiée dans la Annual Review of Marine Science a prédit un déclin de 7 % de la quantité d’oxygène présente dans les océans au cours des 100 prochaines années.

 

6. Biodiversité

Selon l’UNESCO, les océans représentent 90 % des territoires où la vie est possible sur notre planète. Ils abritent donc de très nombreuses espèces et notamment, le plus grand animal au monde : la baleine bleue. Mais ils contiennent également de minuscules organismes tels que le phytoplancton, qui produit 50 % de l’oxygène atmosphérique et constitue la base de la chaîne alimentaire océanique. Les divers problèmes auxquels sont confrontés les océans (surpêche, dégradation des écosystèmes côtiers, pollution, acidification, diminution de la teneur en oxygène, entre autres) ont une influence néfaste sur la biodiversité. Comme si cela ne suffisait pas, d’autres dangers s’annoncent. Des zones qui jusqu’à présent étaient relativement épargnées, sont mises en danger par les avancées technologiques qui facilitent l’exploitation des fonds marins, l’intensification des méthodes de pêche et le forage pétrolier et gazier toujours plus en profondeur. L’UNESCO met en garde que d'ici 2100, plus de la moitié des espèces marines seront menacées d’extinction si nous poursuivons dans cette voie.

 

Répercussions socio-économiques

Les océans sont une source importante de nourriture, surtout pour les habitants des pays les plus pauvres. Selon l’ONU, 540 millions de personnes, soit 8 % de la population mondiale, vivent de la pêche et de l’aquaculture. De plus, le poisson est la source majeure de protéines animales pour un milliard d’individus au moins.

Les nombreux dangers qui menacent aujourd’hui les océans sont autant de risques pour cette source de nourriture et de revenus. La dégradation des océans réduit les possibilités d’activités récréatives et touristiques. Elle menace la santé des personnes, notamment du fait des quantités croissantes de substances toxiques présentes dans les organismes marins. Ces évolutions pourraient engendrer davantage de pauvreté, de famine, de conflits, voire même de guerres.

 

Lueurs d’espoir

En dépit des nombreux dangers qui menacent les océans, il existe fort heureusement une multitude d’initiatives visant à inverser la tendance. 12,7 % des zones marines qui dépendent de pays côtiers individuels (entre 0 et 200 milles marins) sont déjà protégées (hyperlien). L’UE lutte pour une pêche durable dans un maximum de mers. En décembre 2016, l’UE et l’ONU se sont accordées sur une collaboration concernant, entre autres, la pollution des océans. La conférence internationale « Our Ocean », également organisée en 2016 à Washington, a permis de récolter 5,3 milliards de dollars de promesses de fonds pour la protection des océans. Des conférences similaires sont prévues en 2017 dans l’UE et en 2018 en Indonésie. Sans oublier le sommet de l’ONU (hyperlien) à New York en juin 2017 durant lequel la communauté internationale s’est penché sur l’ODD14, l’objectif de développement durable pour la protection des océans. La Belgique y a contribué de manière active.

 

Quels types de déchets se trouvent sur nos plages ?

Chaque année, l’Ocean Conservancy organise une opération de nettoyage des plages dans les pays participants (International Coastal Cleanup). En 2015, quelque 800 000 volontaires ont ramassé près de 8 millions de kilos de déchets, à savoir des débris échoués sur les plages, abandonnés par l’homme ou jetés à la mer. Ci-dessous, vous trouverez le top 10 des objets collectés. Le message est clair : prenez soin de nos océans, ne laissez aucun déchet sur nos plages !

Déchets sur les plages

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