Soutenir la diaspora africaine pour venir en aide à l’Afrique

Chris Simoens
13 décembre 2018
De nombreuses personnes d’origine africaine qui résident en Belgique désirent démarrer une entreprise dans leur pays natal. La Belgo-Nigériane Maureen Duru nous explique comment elle les soutient.
Portret van Maureen Duru

 

Qui ?

Maureen Duru, fondatrice de The Food Bridge et de l’African Diaspora Project Initiative

 

Quoi ?

Le soutien à l’entrepreneuriat dans la diaspora africaine en Belgique

 

Pourquoi ?

La diaspora africaine fourmille d’idées, mais manque de fonds, d’informations et d’accompagnement

En 1999, j’ai rejoint mon mari en Belgique. À l’époque, il travaillait à Anderlecht. Mais la vie de femme au foyer seule avec un enfant en bas âge était pour moi une punition. Au Nigéria, j’avais étudié le journalisme et l’histoire et j’avais toujours travaillé !

J’ai donc entamé une formation en études européennes à la VUB. J’ai co-fondé une association pour les femmes igbo du Nigéria en 2005 et puis j'ai fondé l’ASBL The Food Bridge en 2014. En 2016, je suis devenue vice-présidente de la Federation of Anglophone Africans in Belgium. J’ai également écrit un livre : « Diaspora, food and identity – Nigerian migrants in Belgium ». En fait, je suis une Africaine typique : confrontée à d’énormes défis mais qui persévère sans relâche.

 

Envoi de fonds (remittances)

The Food Bridge souhaite notamment promouvoir les « cultures vivrières » pour jeter un pont entre personnes et communautés. En collaboration avec le jardin botanique de Meise, nous nous efforçons également de préserver les cultures vivrières locales en Afrique. Nous avons récemment obtenu une parcelle de terre au Nigéria destinée à la culture de plantes comestibles traditionnelles. À Bruxelles, nous distribuons de la nourriture aux sans-abri.

L’ASBL souhaite également fournir une assistance à la diaspora africaine – les personnes d’origine africaine – en Belgique. Savez-vous que presque chaque Africain ici fait quelque chose pour son pays d’origine ? Ne serait-ce qu’envoyer de l’argent pour que sa famille achète de la nourriture, paie les frais scolaires ou entretienne la maison.

L’envoi de fonds (« remittances ») – l’argent que les migrants envoient chez eux – représente globalement un montant encore plus important que l’ensemble des aides au développement du monde entier ! En effet, les migrants ne quittent pas leur pays d’origine pour eux-mêmes, mais pour leur famille. Ce lien perdure.

 

En effet, les migrants ne quittent pas leur pays d’origine pour eux-mêmes, mais pour leur famille. Ce lien perdure.

SusTech4Africa

De nombreuses personnes d’origine africaine voudraient fonder une entreprise sociale dans leur pays d’origine. Ils ont souvent de brillantes idées. The Food Bridge souhaite les aider à travers son African Diaspora Project Initiative. L’organisation leur fournit des informations et un accompagnement, et les met en contact avec des investisseurs potentiels.

C’est dans ce contexte que je me suis tournée vers Entrepreneurs pour Entrepreneurs (EPE), une organisation qui permet aux entreprises belges de soutenir l’entrepreneuriat dans le Sud. J’ai réussi à convaincre EPE d’organiser le concours « Sustech4Africa » (Sustainable Technology for Africa). L’objectif consistait à aider les Belgo-Africains qui développent une idée commerciale durable pour le marché africain.

Sustech4Africa a été organisé pour la première fois cette année, avec le soutien de l’école supérieure Thomas More et VITO (Institut flamand pour la recherche technologique). 11 des 23 entrepreneurs ayant soumis un projet ont bénéficié d’un suivi pour élaborer un modèle d’entreprise à partir d’une idée. Trois lauréats ont été retenus. Ils bénéficient d’une assistance, d’un transfert de connaissances substantiel et d’un prêt social dont le montant peut atteindre 100 000 euros. Parmi les lauréats figurait MNB, une initiative visant à apprendre aux agriculteurs rwandais à cultiver des champignons à partir des déchets de la production de café. Désormais Sustech4Africa est organisé chaque année.

Le potentiel de la diaspora devrait être davantage exploité. Si les gouvernements et ONG mettent en place des projets pour l’Afrique, ils suivent généralement une approche  « top-down ». Souvent, ces projets sont négociés sans même consulter une personne d’origine africaine. En revanche, la diaspora se fonde sur les besoins concrets de la population locale. En outre, beaucoup ont étudié en Belgique, et connaissent donc très bien les deux réalités. Imaginez ce que la diaspora pourrait réaliser si elle recevait un peu plus de soutien !

Imaginez ce que la diaspora pourrait réaliser si elle recevait un peu plus de soutien !

Migration

De nos jours, la migration revêt souvent une connotation négative. Je regrette que certains responsables politiques exploitent les angoisses de la population pour servir leurs propres intérêts.

Les gens ne s’interrogent pas assez sur les raisons qui poussent les migrants à venir ici : le commerce inéquitable, le déséquilibre économique, les guerres... À ma connaissance, l’Afrique ne produit pas d’armes. Elles sont fabriquées dans les pays riches, où des entreprises tirent profit des conflits africains.

Le temps ne joue pas en notre faveur. Si un bateau avec 100 passagers à bord échoue sur une côte américaine, le monde entier l’apprend immédiatement grâce à Internet et aux médias sociaux. Les réactions, elles aussi, se répandent comme une traînée de poudre. Lorsque les colonisateurs – eux aussi des migrants – ont foulé le sol africain, nous n’avions pas de smartphone pour prendre une photo et la diffuser à travers le monde.

Lorsque les colonisateurs – eux aussi des migrants – ont foulé le sol africain, nous n’avions pas de smartphone pour prendre une photo et la diffuser à travers le monde.

Durant mon enfance au Nigéria dans les années 1980, personne ne voulait prendre le bateau pour aller en Europe. Il était pourtant facile d’obtenir un visa. Ces trajets clandestins maritimes n’ont fait leur apparition que lorsque l’accès a été limité.

Beaucoup en Afrique pensent que la vie est meilleure en Europe. Un brillant cinéaste issu de la diaspora souhaite montrer la réalité dans un documentaire : l’Europe offre de nombreuses possibilités mais, contrairement à ce que l’on pourrait penser, trouver sa voie n’est pas chose facile. Cependant, le cinéaste en question ne trouve pas de fonds pour tourner son documentaire…

Je ne le répéterai jamais assez : la diaspora a tellement de potentiel ! Cependant, elle manque de fonds, d’informations et d’accompagnement.

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