Stimuler la confiance en soi

Enabel
27 mars 2018
La plupart des filles au Niger quittent l'école avant la fin de leurs études. Le projet Sarraounia tente d'inverser cette tendance en stimulant la confiance en soi des filles.

 

Les chiffres sont clairs : l’éducation permet de protéger les filles. Elle fait baisser le nombre de mariages précoces, ainsi que la mortalité infantile. Avec l’éducation comme outil, les filles contribuent à faire de leur communauté un endroit plus juste et plus inclusif. Les filles éduquées grandissent pour devenir des femmes qui investissent 90 % de ce qu’elles gagnent dans leur famille ; les revenus familiaux peuvent augmenter de 25 % pour chaque année de scolarisation et les mères éduquées sont plus de deux fois plus susceptibles d’envoyer leurs enfants à l’école. 

Au Niger, à peine 64 % des filles sont inscrites à l’école. Le taux d’alphabétisation des femmes est seulement de 18,2 % en 2012 contre 40,2 % pour les hommes.

Souvent les filles quittent l’école avant d’avoir fini leur cursus. Les raisons sont multiples et concernent aussi bien le mariage précoce, la grossesse précoce, l’éloignement géographique et la mauvaise considération du système scolaire.

Mais selon Fati, le secrétaire de l'association des mères d'élèves à Birni N'Falla, tout le monde doit prendre ses responsabilités: « Nous sommes responsables du faible taux de réussite des filles », déclare Fati,« Nous donnons tout le temps nécessaire aux jeunes garçons pour s’adonner aux études, mais nous reléguons les filles aux travaux de ménage », poursuit-elle. Pour Fati, les parents doivent accorder autant d’attention à l’instruction de leur fille qu’à celle de leur fils. « Tous deux peuvent et doivent aller à l’école le temps qu’il faut », ajoute-t-elle.

Les filles éduquées grandissent pour devenir des femmes qui investissent 90 % de ce qu’elles gagnent dans leur famille et les mères éduquées sont plus de deux fois plus susceptibles d’envoyer leurs enfants à l’école.

Sarraounia

C’est pourquoi le projet Sarraounia de Enabel, en collaboration avec le gouvernement nigérian, vise à maintenir les jeunes filles à l'école dans les communes rurales de la région de Dosso, en prêtant attention aux obstacles rencontrés par les jeunes filles tous les jours.

« Depuis près d’un an maintenant, j’ai la chance de coordonner le projet Sarraounia. Il s’agit pour moi d’un engagement personnel dans la lutte contre la déscolarisation des jeunes filles, de donner le meilleur de moi-même pour améliorer la rétention des jeunes filles au collège, jusqu’à l’obtention de leur BEPC dans notre zone d’intervention. » nous raconte Balkissa Harouna Brah, la coordinatrice du projet.

«Le Projet Sarraounia est un projet pilote. C’est pourquoi nous avons toujours privilégié l’innovation aussi bien dans notre approche que dans nos outils d’intervention. Dès le départ, nous avons voulu expérimenter une approche incitative afin d’amener la majorité des acteurs locaux à comprendre les bénéfices de la scolarisation des jeunes filles.»

Le projet Sarraounia vise à maintenir les jeunes filles à l'école dans les communes rurales de la région de Dosso, en prêtant attention aux obstacles rencontrés par les jeunes filles tous les jours.

Femme nigériennes
© Stephanie Eeckman

Voyage d'étude au Bénin

En organisant annuellement la compétition Sarraounia pour récompenser les acteurs les plus engagés, le projet espère susciter l’intérêt de la majorité des acteurs pour le changement de comportement désiré, notamment, la rétention des jeunes filles au collège jusqu’à l’obtention de leur BEPC.

Cette année, un voyage d’études au Bénin est le prix que nous avons choisi pour récompenser les meilleures élèves de 3e de nos six collèges ruraux pilotes dans le cadre de la première édition de cette compétition », nous explique Balkissa.

« Le choix du prix n’a pas été évident, puisque, pour promouvoir significativement le changement de comportement souhaité, les prix doivent être suffisamment attractifs aux yeux des bénéficiaires ciblés. Or, le voyage d’études dans un pays comme le Bénin pour les jeunes filles lauréates, des jeunes filles dont la majorité n’a jamais voyagé en dehors de son village, nous a semblé un prix attrayant à la fois pour ces jeunes filles, leur famille et les communautés. »

 

Donnez-leur une voix

« C’est surtout le fait de voyager seules, d’aller à la découverte d’un pays inconnu, qui peut être un excellent outil d’empowerment pour ces jeunes filles, un outil plus efficace qu’une formation en leadership classique, puisque les jeunes filles font elles-mêmes leurs propres découvertes. C’est aussi une excellente opportunité non seulement d’améliorer leur culture générale, mais aussi de développer une ouverture d’esprit face à la découverte d’une réalité culturelle différente », nous explique Balkissa.

« Il reste tellement à faire. Chaque fille a le droit d'être entendue. Et pour moi, c’est un honneur de faire ma part pour amplifier leur voix. »

CHIFFRES CLÉS

 

  • Au Niger, les femmes représentent plus de la moitié de la population (50,14 %). Elles sont deux fois plus touchées par la pauvreté que les hommes et sont faiblement représentées dans la vie économique et les instances de prise de décision politique et administrative du pays.

 

  • Les filles sont sous-scolarisées avec un taux brut de scolarisation de 64,8 % en 2014 contre 77,7 % pour les garçons.

 

  • Le taux d’alphabétisation des femmes étant de seulement 18,2 % en 2012 contre 40,2 % pour les hommes.

 

  • Le pays est aussi le champion du monde en matière de mariages d’enfants : plus des 3/4 des filles y sont encore mariées avant d’atteindre 18 ans, dont une sur trois avant 15 ans.
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