Travailler ensemble pour grandir ensemble

Léa Gaudron
23 novembre 2017
Au Congo, j’étais préfète des études dans un lycée, puis inspectrice de l’enseignement secondaire. Autour de moi, j’ai vu beaucoup de misère, beaucoup d’injustices sociales aussi. J’ai moi-même été victime de certaines injustices. Ça m’a interpellé. Au lieu de me révolter, j’ai décidé d’agir, de mener un véritable combat de justice sociale.

 

Marie-Thérèse YAMBI Développement

Qui ?

Marie Thérèse Ndumba

Quoi ?

Yambi développement est une association basée à  Wavre, qui propose à ses membres diverses activités telles que des cours de Français langue étrangère, des ateliers de couture, des moments de rencontre entre communautés, ou encore la distribution de colis alimentaires.

Pourquoi ?

Le but est de lutter contre la pauvreté, les injustices sociales et l’isolement à travers la coopération.

Communauté fraternelle des femmes seules

C’est à Kikwit, en 1987, que je fonde alors la Communauté fraternelle des femmes seules. Ces veuves, divorcées, ou encore mères célibataires avaient besoin d’un soutien à la fois moral et matériel. En leur procurant un terrain agricole, je voulais non seulement leur donner un travail, mais aussi les encadrer afin qu’elles se rendent compte de leur potentiel. Ce terrain leur apporte de la nourriture pour leur famille ainsi qu’un peu d’argent pour payer les études de leurs enfants. Je voulais ainsi leur donner de l’autonomie, les émanciper, afin qu’elles prennent en main leur destin.

Trente ans plus tard, les résultats sont là. Certaines ont pu reprendre des études, trouver un petit boulot. Plusieurs enfants ont pu étudier jusqu’à un niveau supérieur ou universitaire, ce qui est assez rare pour des jeunes issus de familles monoparentales en Afrique. Elles ont acquis une meilleure sécurité financière et alimentaire. D’un point de vue écologique, le bilan est aussi positif : leur sol, rendu plus fertile grâce à la plantation d’arbres, a donné l’exemple pour d’autres fermiers de la région. Au niveau de la santé, ces femmes ont été préservées du VIH, car elles n’avaient plus à vendre leur corps.

Yambi Développement

Au début des années 2000, je suis venue m’installer en Belgique. De nouveau, un constat similaire me frappe : il y a des injustices sociales, mais d’un ordre nouveau. Peu importe notre niveau d’éducation, moi-même et les autres de ma génération avons subi des discriminations. Nous venions avec notre bagage culturel propre, notre vision du monde, sans comprendre la culture de notre pays d’accueil.

Peu importe notre niveau d’éducation, moi-même et les autres de ma génération avons subi des discriminations. Nous venions avec notre bagage culturel propre, notre vision du monde, sans comprendre la culture de notre pays d’accueil.

C’est ainsi que nous avons fondé Yambi Africa, qui est ensuite devenue Yambi Développement. Cette association est basée autour de l’échange de savoir, de l’entraide et de la rencontre. Nous offrons des cours de français, de couture, mais aussi de citoyenneté, qui permettent un croisement de cultures.

Depuis 2016, Yambi propose aussi un service de colis alimentaires. Grâce à des dons d’invendus de chez Carrefour et Delhaize, nous offrons gratuitement de la nourriture à ceux qui sont dans le besoin, qu’ils soient issus de l’immigration ou non.

Projets futurs

Et je ne compte pas m’arrêter là. Toujours dans cette optique d’améliorer la sécurité alimentaire et de lutter contre la pauvreté, nous avons lancé un projet de pisciculture au Congo, financé par la commune de Wavre et la Province du Brabant wallon.

Nous avons aussi développé un projet au Maroc, là où la demande était forte. Comme au Congo, certaines femmes, une fois seules, avaient du mal à envisager l’avenir sans homme. J’y accompagne le groupement « Quartier de la joie », qui va développer un potager afin qu’elles puissent se mettre à l’agriculture. Yambi, en Belgique, compte d’ailleurs aider à financer ce projet grâce à l’organisation d’un déjeuner berbère.

Les différentes associations auxquelles j’ai participé travaillent en partenariat, car je n’ai qu’un mot d’ordre : travailler ensemble pour grandir ensemble. Et ce, toujours dans une vision de justice sociale. Les malheurs du monde viennent de l’égoïsme, quand on piétine les autres. L’objectif de Yambi est d’ensemble, grandir, de se compléter, de coopérer.

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