Un Bolivien diplômé de l’Université d’Anvers au Conseil de sécurité

Chris Simoens
26 février 2019
Deux ans après avoir obtenu un diplôme de master à l’Université d’Anvers, le Bolivien Pedro Inchauste a représenté son pays au Conseil de sécurité. Il nous raconte son histoire.
 

En 2014-2015, j’ai suivi le master « Development Evaluation and Management » à l’Institut de politique du développement (IOB) de l’Université d’Anvers. À l’époque, j’avais déjà quelques années d’études et de travail à mon actif.

En 2006, j’ai commencé un bachelier en sciences politiques à l’Universidad Católica Boliviana (UCB). J’ai obtenu une bourse pour suivre un master dans ce même domaine de 2011 à 2013 à l’Université de Genève, en Suisse. En outre, j’ai travaillé un certain temps comme assistant de recherche à l’UCB tout en étant en parallèle responsable de projet auprès d’une ONG bolivienne.

 

Des amitiés pour la vie

J’ai vécu une expérience unique à Anvers. Mon groupe, en grande partie composé d’étudiants du Sud, était très multiculturel. Cela m’a ouvert les yeux ! J’ai beaucoup appris de mes condisciples, dont plusieurs avaient acquis une expérience professionnelle intéressante. J’ai noué des amitiés pour la vie ! Après tout, nous travaillons dans le même domaine et sommes toujours prêts à nous entraider.

Le choix de ma formation à Anvers s’est également révélé très utile. En approfondissant mes connaissances en matière de développement, mon profil est devenu plus attractif que celui des personnes ayant exclusivement étudié les sciences politiques. Cette particularité a indubitablement joué en ma faveur sur le marché du travail.

Après ma formation à Anvers, tout s’est enchaîné. J’ai entamé un stage à la Banque interaméricaine de développement en Bolivie. J’ai ensuite pu travailler pour le conseil municipal de La Paz puis pour le vice-président bolivien. Cette expérience m’a finalement ouvert les portes du ministère des Affaires étrangères.

 

Il est tout bonnement impossible de relever seul les énormes défis auxquels le monde doit faire face. À des problèmes d’ordre mondial, il faut trouver des solutions globales.

 

Pedro Inchauste

Le Conseil de sécurité examine la sécurité en Afrique (juillet 2018).
© UN Photo/Manuel Elias

Conseil de sécurité

Le hasard a voulu que la Bolivie obtienne à ce moment-là un siège au Conseil de sécurité (2017-2018), où je la représentais en tant que coordinateur politique. Un emploi très stressant et prenant, mais en même temps l’une des expériences les plus gratifiantes et satisfaisantes de ma vie !

Nous avons certainement exercé un impact sur le fonctionnement du Conseil de sécurité et sur la paix mondiale en général. Nous avons notamment  abordé la problématique des mines. Notre intervention a pu déboucher en juin 2017 sur l’adoption unanime de la résolution 2365, la première sur le sujet ! Nous avons également lancé une discussion sur les eaux transfrontalières et leur rôle dans le maintien de la paix et de la sécurité ainsi que sur les ressources naturelles comme causes de conflits.

Même si les décisions au Conseil de sécurité ont été prises par l’ambassadeur en concertation avec le ministre et quelques hauts fonctionnaires à La Paz, je pense sans prétention avoir apporté ma pierre à l’édifice. Car en ma qualité de coordinateur politique, j’avais pour tâche de conseiller l’ambassadeur et les hauts fonctionnaires sur les différents thèmes. J’ai également contribué à l’élaboration de la résolution 2365 et joué le rôle de « facilitateur » des négociations relatives à ce document.

Investir dans l’éducation internationale permet de jeter des ponts entre cultures. Il s’agit d’une situation gagnant-gagnant.

Pedro Inchauste

Tisser des liens avec d’autres cultures

Je ne peux que conseiller de faire des études à l’étranger. Vous gagnez en ouverture d’esprit, rencontrez d’autres personnes et construisez des ponts avec d’autres cultures. Mais surtout, vous prenez conscience que la collaboration est bien plus enrichissante que l’isolement. Il est tout bonnement impossible de relever seul les énormes défis auxquels le monde doit faire face. À des problèmes d’ordre mondial, il faut trouver des solutions globales.

C’est pourquoi je conseillerais au gouvernement belge de continuer à investir dans l’éducation internationale, qui permet de jeter des ponts entre cultures. Il s’agit d’une situation gagnant-gagnant. En effet, si la Belgique accueille des étudiants étrangers qui y résident une ou plusieurs années, ces derniers témoigneront toute leur vie leur reconnaissance à votre pays. Si certains d’entre eux viennent à occuper une position importante dans leur propre pays, ils éprouveront forcément de la sympathie pour la Belgique.

 

Pas pour les familles les plus pauvres

Les Boliviens les plus pauvres ne peuvent malheureusement pas se permettre d’envoyer leurs enfants étudier à l’étranger. Ces derniers peuvent toutefois fréquenter les universités publiques, qui sont gratuites et de qualité.

Personnellement, j’ai la chance d’être issu de la classe moyenne. Mon père est ingénieur civil et ma mère est avocate. J’ai étudié en Suisse grâce à une bourse. Pour ma formation en Belgique, j’ai pu contracter un prêt, ce qui aurait été impossible si mes parents n’étaient pas suffisamment aisés. Je suis bien conscient qu’actuellement la plupart des ménages boliviens ne peuvent obtenir un emprunt.

Cette situation peut s’améliorer si davantage de bourses sont délivrées, pas seulement par les institutions et les gouvernements étrangers, mais aussi par la Bolivie. Les prêts étudiants devraient également être rendus plus abordables et plus accessibles.

 

 

 

 

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