Un magasin de bricolage spécialisé dans les toilettes

Chris Simoens
23 mai 2019
Avec le soutien de Join For Water (ex-Protos), les habitants de Dogbo et Athiémé (Bénin) peuvent désormais se rendre à un « sanimarché ». Ils reçoivent des conseils sur l'hygiène et les latrines, et peuvent y acheter des installations sanitaires et tout le matériel dont ils ont besoin.

L'assainissement hygiénique est crucial pour la santé publique. Heureusement, l'accès à ces services tend à se généraliser. Pourtant, 2,3 milliards de personnes n'ont toujours pas de toilettes ou de latrines décentes. Quelque 892 millions de personnes font encore leurs besoins en plein air (derrière les buissons, dans les cours d'eau, sur le bord de la route...).

Les maladies telles que la diarrhée, l'hépatite A, le choléra et la polio se propagent ainsi plus facilement. Chaque année, 280 000 personnes meurent de diarrhées imputables à des installations sanitaires insuffisantes. Il n'est donc pas étonnant que les objectifs de développement durable (ODD 6.2) ambitionnent d'ici 2030 d'assurer l'accès de tous à des services d'assainissement et d'hygiène adéquats et de mettre fin à  la défécation en plein air.

 

Quelque 892 millions de personnes font encore leurs besoins en plein air (derrière les buissons, dans les cours d'eau, sur le bord de la route...).

Sanimarché

C'est ce que l'ONG Join For Water tente de réaliser dans les régions de Mono et Couffo au Bénin. Elle collabore avec les habitants d'un village à une approche ATPC (=Assainissement Total Piloté par la Commune). Mais comment conserver cette bonne pratique une fois la défécation en plein air éradiquée ? Et qu'en est-il d'une zone urbanisée où la cohésion entre les habitants pour œuvrer en faveur du changement risque d’être moindre ?

Selon Join For Water, la solution réside dans le marketing social : utiliser des techniques de marketing commercial pour provoquer des changements sociaux, en l'occurrence en matière d'assainissement et d'hygiène. C'est ainsi que l'ONG a eu l'idée d'un « sanimarché » où les gens peuvent s'informer sur les installations sanitaires et les bonnes pratiques d'hygiène, voir des modèles de latrines, les commander et acheter tout le matériel dont ils ont besoin. Ils peuvent aussi construire leurs propres toilettes, selon leur budget.

Au sanimarché les gens peuvent s'informer sur les installations sanitaires et les bonnes pratiques d'hygiène, voir des modèles de latrines, les commander et acheter tout le matériel dont ils ont besoin. Ils peuvent aussi construire leurs propres toilettes, selon leur budget.

Vue de dessus du Sanimarché
© Protos

Rénovation des latrines

Une très bonne idée, semble-t-il. Pourtant, le tout premier sanimarché de Dogbo a connu des débuts difficiles. Une étude de marché a montré, entre autres, que la moitié des familles du quartier urbanisé de Tota font encore leurs besoins en plein air. Les latrines déjà installées disposent généralement d'une fosse ordinaire, sans plus. Cependant, de nombreuses familles sont prêtes à faire construire des latrines plus performantes, à condition qu'elles ne soient pas trop onéreuses.

En réponse à cette constatation, Join For Water a décidé de concevoir un type de latrine différent, dotée d’une sorte de cuvette de toilette, inodore et sans insectes grâce à un siphon, qui peut se fabriquer avec des matériaux locaux. La cabine de toilette peut être adaptée au budget et au confort de l'utilisateur. Par exemple, la construction peut se réaliser en maçonnerie ou en terre cuite et être surmontée de plaques d'acier, de tuiles ou de branches de palmier. La fosse septique – recouverte d'une dalle de béton – est située derrière la cabine, mesure 1,1 m de diamètre intérieur et peut avoir une profondeur variable.

Les latrines spéciales ont reçu le nom « Mɛmɛ xᴐ »(= maison de l'hygiène ; prononcé à peu près « meme chgo »), aussi le nom du sanimarché. Mɛmɛ xᴐ doit devenir un produit phare qui sera également développé comme un label de qualité pour tous les sanimarchés de Join For Water afin d'assurer aux clients de bons produits.

 

 

Un homme regarde le dessin d'une latrine.
© Protos

Campagne de communication

L'étude de marché a par ailleurs débouché sur d'autres activités :

  • Sensibiliser les autorités locales aux risques de la défécation en plein air ;
  • Engager de jeunes vendeurs pour attirer les clients et leur dispenser la formation nécessaire ;
  • Organiser une large campagne de communication : émissions radio, caravane et campagnes promotionnelles, gadgets pour faire connaître le label ;
  • Ouvrir un deuxième sanimarché à Athiémé.

Grâce à cette nouvelle approche, les deux sanimarchés ont fait leurs preuves. Les ventes se déroulent bien et la commune ainsi que les habitants les sollicitent pour des conseils en matière d'hygiène et d'assainissement.

Mais Join For Water veut aller encore plus loin. À long terme, les deux sanimarchés devraient être économiquement viables et donc être en mesure d'opérer de manière indépendante. L'ONG prévoit également d'ouvrir des sanimarchés dans d'autres régions. La marque Mɛmɛ xᴐ devrait devenir la référence en matière de conseil et d'innovation dans le domaine sanitaire. La mise en place d'un service de traitement des déchets est également l'une des possibilités, de même qu'une formation complémentaire sur les questions d'hygiène.

L'objectif final demeure d'offrir des conditions de vie hygiéniques dans l’ensemble de la région. Ces mesures permettront d'améliorer la santé des habitants, les femmes se sentiront plus en sécurité et les filles, moins freinées à l’idée d'aller à l'école.

Bénin Assainissement
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