Un million d'espèces en danger d'extinction

Gilles Toussaint
24 juin 2019

Nos activités menacent grandement l'avenir de l'humanité

Les experts de la plate-forme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques ont rendu un verdict sans appel: les activités humaines font peser une pression intenable sur la nature et menacent l'avenir de l'humanité. Biodiversité et climat, même combat.

« Sans précédent ». Au terme d'une semaine d'intenses discussions, les représentants des 132 pays membres de la plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (Ipbes) se sont accordés sur une synthèse d'une quarantaine de pages qui résume l'essentiel de la première évaluation de l’état de la biodiversité mondiale. Un rapport qui a pour vocation de permettre aux responsables politiques de la planète de prendre la mesure de la dégradation dramatique de la nature et, espèrent ses auteurs, d'apporter des réponses à la hauteur des enjeux.

Basé sur plus de 15 000 études scientifiques passées en revue par 150 experts issus d’une cinquantaine de pays, le tableau dressé ce lundi n'est guère réjouissant. « La nature décline globalement à un rythme sans précédent dans l'histoire humaine », soulignent les auteurs, insistant sur le fait que ce « taux d'extinction des espèces s'accélère ». Un effondrement qui a des conséquences graves et directes pour les populations humaines. « Nous sommes en train d'éroder les fondements mêmes de nos économies, nos moyens de subsistance, la sécurité alimentaire, la santé et la qualité de vie dans le monde entier », avertit le président de l'Ipbes Robert Watson.

 

1 million

Le rapport de l'Ipbes estime qu'environ un million d'espèces animales et végétales sont aujourd'hui menacées d'extinction, en partie au cours des prochaines décennies. Les scientifiques estiment que notre planète abrite environ huit millions d'espèces animales et végétales, parmi lesquelles 5,5 millions d'espèces d'insectes.

Cinq causes principales sont à l'origine de ce désastre, poursuivent les scientifiques : les changements d'usage des terres et de la mer ; l'exploitation directes de certains organismes ; le changement climatique ; la pollution et les espèces exotiques envahissantes.

Autant de facteurs de destruction qui se sont accélérés au cours des cinquante dernières années et derrière lesquels on trouve la main de l'homme. « Les actions humaines menacent aujourd'hui de disparition plus d'espèces que jamais auparavant », relèvent les auteurs, qui soulignent au passage que ces dégradations sont « moins graves ou évitées dans les zones qui appartiennent ou sont gérées par des peuples autochtones et des collectivités locales ». Populations dont les droits sont eux-mêmes remis en cause sous la pression croissante d'intérêts privés, comme l'illustre notamment la situation de la forêt amazonienne, cible de l'avidité de l'agrobusiness.

Cinq causes principales sont à l'origine de ce désastre : les changements d'usage des terres et de la mer ; l'exploitation directes de certains organismes ; le changement climatique ; la pollution et les espèces exotiques envahissantes.

33 % - Les poissons prennent l'eau.

En 2015, 33 % des stocks de poissons marins ont été exploités à des niveaux non durables et 60 % ont atteint la limite maximale pour une pêche soutenable. La pêche industrielle exploite aujourd'hui 55 % des océans.

Exploitation des forêts, des ressources minières, des ressources en eau douce… « Au cours des cinquante dernières années, la population humaine a doublé, l'économie mondiale a presque quadruplé et le commerce mondial a décuplé, ce qui a fait exploser la demande d' énergie et de matériaux », pointe encore l'Ipbes, qui souligne que les niveaux de consommation de biens matériels varient considérablement dans le monde et qu'une partie importante de la population n'a pas accès à ceux-ci. Des inégalités qui risquent de se creuser et d'alimenter l'instabilité sociale et les conflits. Le rapport met ainsi clairement en évidence que cette dynamique de consommation est intenable sur le long terme, notant le lien qui existe entre augmentation de la croissance économique et destruction de la nature.

Le réchauffement climatique qui s'est enclenché a d'ores et déjà un impact sur les écosystèmes et les espèces, précise encore le texte. Un impact qui va aller en s'aggravant et dont l'ampleur dépendra de notre capacité à limiter la hausse de la température moyenne mondiale.

Environ un quart des émissions de gaz à effet de serre sont liées au défrichement, à la production agricole et au recours aux fertilisants, notent les auteurs qui relèvent l'importante responsabilité de l'élevage dans ce phénomène. Si les exploitations agricoles de petite taille (moins de 2 hectares) conservent généralement une biodiversité riche tout en fournissant près d'un tiers de l'offre alimentaire mondiale, il n'en va pas de même pour les filières de l'agro-industrie.

A ce propos, l'Ipbes observe que 68 % des capitaux étrangers allant aux secteurs du soja et de la viande bovine (principale cause de la destruction de la forêt amazonienne) transitent par des paradis fiscaux. Le soutien financier fourni par les pays de l'OCDE à un type d'agriculture potentiellement nuisible pour l'environnement était pour sa part estimé à 100 milliards de dollars en 2015.

Le rapport met ainsi clairement en évidence que cette dynamique de consommation est intenable sur le long terme, notant le lien qui existe entre augmentation de la croissance économique et destruction de la nature.

75 % du milieu terrestre

est « sévèrement altéré » par les activités humaines. Celles-ci affectent en outre 40 % des milieux marins. Sous l'effet de diverses pollutions, les « zones mortes » se multiplient dans les océans.

En l'état actuel, il ne fait donc aucun doute que les objectifs d'Aichi adoptés en 2010 avec pour but de mettre un frein à l'érosion de la biodiversité à l'horizon 2020 ne seront pas atteints. Il n'est pas encore trop tard pour éviter de foncer dans le mur si l'on agit tout de suite, plaident les experts de l'Ipbes qui ont exploré six stratégies possibles dont il ressort une conclusion majeure : en dehors d'un « changement transformateur », le déclin de la nature et des services qu'elle rend à l'homme se poursuivra, avec des conséquences catastrophiques. Pour cela, il faut produire autrement ; consommer moins et mieux; protéger les écosystèmes qui peuvent encore l'être et restaurer tant que faire se peut ceux qui sont déjà dégradés.

On verra lors de la prochaine réunion de la Convention des Nations unies sur la diversité biologique - qui se tiendra en Chine l'an prochain - si leur message a été entendu. Et surtout compris.

 

Cet article a été publié précédemment dans La Libre

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