Une lueur d’espoir à la conférence de Katowice sur le climat

Chris Simoens
01 février 2019
Lors de la Conférence des Nations Unies sur le climat à Katowice (décembre 2018), le monde a pu paraître moins résolu dans sa lutte contre le changement climatique. Mais qu’en est-il vraiment ? Le négociateur Ulrik Lenaerts a invité Glo.be dans les coulisses de la COP24.

S’agissant du lieu où s’est déroulée la 24e conférence sur le climat (COP24), les auspices n’étaient pas des plus favorables. Aujourd’hui encore, la Pologne, pays hôte, ne jure que par le charbon et le lignite. Et Katowice, ville hôte de l’événement, est pour ainsi dire le centre névralgique de l’industrie charbonnière. Ne sommes-nous pas censés abandonner au plus vite les combustibles fossiles et certainement le charbon, particulièrement polluant ?

Ulrik Lenaerts, numéro deux de la délégation climatique belge, estime toutefois que la Pologne ne s’en pas si mal sortie. « Le pays hôte de la conférence a décidé de mettre l’accent sur une transition juste vers une société à faibles émissions de carbone. Autrement dit, une transition qui tient compte de l’emploi et de la qualité du travail. Cette approche lui a assurément valu la sympathie des participants. » Les mineurs doivent donc pouvoir retrouver un autre emploi. Ceux qui parviennent plus difficilement à joindre les deux bouts ne peuvent pas être mis sur la touche. C’est d’ailleurs le cheval de bataille des « gilets jaunes ».

Le président de la COP24 – le secrétaire d’État polonais à l’Environnement Michal Kurtyka – n’était-il pas trop inexpérimenté ? Selon Ulrik Lenaerts, « Kurtyka s’est au contraire révélé être une personne très communicative qui a bien assumé sa mission dans ces négociations internationales. En outre, il s’était entouré d’une équipe rajeunie et dynamique. »

 

Photo de famille à la fin du sommet sur le climat avec au milieu Michal Kurtyka, président de la COP24.
© cop24.gov.pl

Rulebook

La COP24 a également abouti à un résultat majeur : l’adoption du fameux rulebook, hormis les mécanismes de marché. « Ce rulebook, très technique, est difficilement explicable », déclare Ulrik Lenaerts. « Pour l’essentiel, il assure la transparence tout au long du cycle de la politique climatique de l’ensemble des pays. Il définit de façon très détaillée la manière dont les pays peuvent concrétiser les principes de l’accord (voir encadré). Il peut être considéré comme une sorte de feuille de route approuvée à l’unanimité. En tant que tel, il constitue la pierre angulaire de l’accord de Paris sur le climat. Sans le rulebook, les États parties seraient laissés à eux-mêmes pour mettre en œuvre l’accord de Paris, sans savoir exactement qui fournit quel effort. »

La tendance d’un certain nombre de pays à se replier sur eux-mêmes et à s’éloigner de la coopération internationale ne s’est donc pas directement manifestée durant la COP24. « Si tel avait été le cas, la COP ne serait jamais parvenue à un accord sur ce rulebook très détaillé », affirme Ulrik Lenaerts.

 

Climatosceptiques

Certains pays ont cependant manifesté une forte opposition, et notamment les États-Unis, les États du Golfe sous la houlette de l’Arabie saoudite et la Russie. Ils visaient une reconnaissance purement factuelle du récent rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Ce dernier a clairement démontré la nécessité d’adopter des mesures de très large portée afin de limiter le réchauffement de la planète à 1,5 °C. Même pour l’objectif de 2 °C, un changement de cap drastique s’impose d’urgence. Les « climatosceptiques » s’opposent donc à un renforcement des ambitions.

« Il n’en reste pas moins qu’un grand nombre de pays demeurent très engagés et prêts à relever le défi », explique Ulrik Lenaerts. « Il s’agit principalement des petits États insulaires vulnérables et des pays les moins avancés, mais aussi de l’Union européenne et d’un large éventail de pays latino-américains. La Chine et l’Inde ont également adopté une attitude très constructive lors des négociations. »

 

Même les pays les plus ambitieux se sont déclarés relativement satisfaits de cette conférence.

Même les pays les plus ambitieux se sont déclarés relativement satisfaits de cette conférence, raconte Ulrik Lenaerts. « La réflexion des négociateurs est fortement dominée par une idée de ‘’séquence’’ : s’attaquer d’abord au rulebook – une étape cruciale – et faire ensuite un bilan honnête et accentuer les efforts. Il est impossible d’aborder tous les points simultanément. Peu de pays ont voulu aller plus loin, mais le renforcement des ambitions sera prioritaire en 2019-2020.

 

Neutralité climatique d’ici 2050

Les petits États insulaires avaient espéré une reconnaissance plus franche du rapport du GIEC. Admettons-le, la situation est plus que grave. Si nous voulons maintenir le réchauffement sous 1,5 °C, nous devrons limiter d’ici 2050 la quantité d’émissions de gaz à effet de serre à ce que nous serons en mesure de stocker. À partir de 2050, les émissions de gaz à effet de serre supplémentaires dans l’atmosphère seront donc bannies. En outre, le reste du « budget » – la quantité pouvant encore être émise – sera déjà épuisé d’ici 2030 si nous maintenons les émissions à leur niveau actuel. Afin d’éviter ce scénario, nous devons les réduire de 45 % d’ici 2030.

Si nous nous en tenons à un réchauffement de 2 °C, l’objectif de neutralité climatique sera reporté à la période 2060-2070. Il n’en reste pas moins vrai que nous devrons réduire significativement nos émissions d’ici 2030 et que même un réchauffement de 1,5 °C aura de graves conséquences. Cette prise de conscience est impérative. À l’heure actuelle, le réchauffement se situe à 1 °C en comparaison à l’ère préindustrielle, et nous devons déjà composer avec la sécheresse, les inondations, la fonte des glaces polaires, la disparition des coraux, et bien d’autres problématiques.

 

La situation est plus que grave. Si nous voulons maintenir le réchauffement sous 1,5 °C, nous devrons limiter d’ici 2050 la quantité d’émissions de gaz à effet de serre à ce que nous serons en mesure de stocker.

Sommet intermédiaire à New York

Tout le monde doit donc rester mobilisé et le Secrétaire général de l’ONU António Guterres l’a bien compris. « Le changement climatique est notre plus grand défi », a-t-il déclaré. Il organisera donc un sommet intermédiaire en septembre 2019, en marge de l’Assemblée générale de l’ONU à New York. L’objectif sera de déterminer la façon dont les pays peuvent renforcer leurs ambitions en matière de climat. Le sommet de septembre 2019 sera le prélude à la COP25, qui se tiendra début 2020 à Santiago, au Chili. À la COP25, l’ensemble des pays devront avoir revu leurs objectifs nationaux et présenter si possible des objectifs plus ambitieux.

Plus de 70 pays ont déjà entamé une réflexion quant à la manière d’accroître leurs objectifs en matière de climat. Au vu des efforts actuellement déployés, le monde se dirige en effet vers un réchauffement supérieur à 3 °C, ce qui aurait des conséquences catastrophiques.

 

 

À la COP25, l’ensemble des pays devront avoir revu leurs objectifs nationaux et présenter si possible des objectifs plus ambitieux.

La stratégie climatique de l’UE

L’Union européenne, elle aussi, a mené à bien ses travaux préparatoires. Fin novembre 2018, elle a dévoilé sa stratégie climatique à long terme. Grâce à cette nouvelle vision, elle entend être le premier grand espace économique à atteindre la neutralité climatique d’ici 2050. Cet objectif exigera des changements considérables dans sept domaines, dont l’efficacité énergétique, l’énergie renouvelable et le transport. « Ce plan européen a fait l’objet d’une élaboration minutieuse et s’appuie sur des technologies réalistes », affirme Ulrik Lenaerts. En Belgique également, les consciences se sont éveillées ces derniers mois. Il est par conséquent convaincu que notre pays mènera également une politique climatique ambitieuse dans les prochaines années.

Il faut garder à l’esprit que les pays ne sont pas seuls à mener des actions en faveur du climat. D’autres acteurs jouent un rôle significatif, tels que les villes, les États américains, les ONG, les entreprises, les citoyens, les banques multilatérales de développement. « Les initiatives se multiplient », déclare le négociateur. « À titre d’exemple, les fonds d’obligations et de pension s’efforcent de plus en plus de se détourner des investissements dans le domaine des combustibles fossiles. »

Le monde est effectivement confronté au plus grand défi de tous les temps. Malgré l’existence d’une poignée de « climatosceptiques », nous avons suffisamment de raisons de nourrir de l’espoir.

 

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Qu’est-ce que le rulebook ?

 

Plusieurs principes ont été adoptés dans le cadre de l’accord de Paris sur le climat : la transparence, l’obligation de rendre des comptes, la coopération face aux dégâts climatiques et le renforcement des capacités. Ces principes n’ont toutefois pas été exposés en détail, une lacune à laquelle remédie le rulebook.

Il rassemble des directives qui précisent la manière dont les États peuvent élaborer leurs plans, rédiger leurs rapports, coopérer en matière de financement, procéder à une évaluation collective à intervalles réguliers, etc.

En d’autres termes, le rulebook constitue un guide pour l’élaboration des politiques climatiques nationales et leur suivi au niveau international. Très technique, mais indispensable à la communauté internationale dans la mise en œuvre de l’accord de Paris sur le climat.

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