Une vie digne pour les Rohingyas au Bangladesh

Chris Simoens
21 octobre 2019
Quelque 900 000 réfugiés Rohingyas vivent depuis 2 ans dans des camps au Bangladesh, encore privés de tout espoir de rentrer chez eux. L’UNICEF et ses partenaires s’efforcent de maintenir un niveau de vie acceptable.

En août 2017, des centaines de milliers de Rohingyas ont afflué vers le Bangladesh, pays frappé par la pauvreté. Cette minorité musulmane apatride du Myanmar a fui des violences et des persécutions insoutenables. La majeure partie a rejoint des camps surpeuplés du district de Cox’s Bazar, où ils doivent se contenter d’une petite hutte en bambou et d’une bâche. Deux ans plus tard, aucun espoir de retour ne se profile à l’horizon.

La communauté internationale – avec des partenaires comme UNICEF – a fourni des efforts considérables pour rendre la vie dans les camps un tant soit peu supportable. Imaginez seulement les ressources de base en matière de soins de santé, d’alimentation, d’eau potable, de sanitaires et d’hygiène pour environ 900 000 réfugiés Rohingyas.

Une vaste campagne de vaccination a notamment permis d’empêcher une flambée de choléra.

Un agent de santé tient un tube avec un vaccin contre le choléra dans la main et explique à un enfant à quoi il sert.
© UNICEF/UN0208863/Sokol

Malnutrition infantile

Une vaste campagne de vaccination a notamment permis d’empêcher une flambée de choléra. En outre, la famine a été éradiquée. L’UNICEF a ouvert des centres de santé qui prodiguent des soins de base aux femmes enceintes et aux nourrissons. Les habitants peuvent se procurer de l’eau traitée au chlore à divers endroits.

L’UNICEF a attaché une attention particulière à l’identification des cas de malnutrition aigüe chez les jeunes enfants. La malnutrition chez les enfants de moins de 5 ans entraîne de graves retards de croissance et constitue donc un handicap tout au long de leur vie. L’agence a par conséquent mobilisé 1000 bénévoles compétents issus des communautés locales pour détecter la malnutrition. Ils ont pu contrôler en moyenne 135 000 enfants par mois en 2019. Les enfants sous-alimentés reçoivent du Plumpy’Nut (littéralement « Noix Dodue »), une pâte à base d’arachides riche en nutriments. Les femmes enceintes et allaitantes apprennent à nourrir sainement leurs enfants.

 

L’enseignement, un gage d’avenir

La situation est donc vivable, mais cela s’arrête là. Les occupants des camps ne peuvent pas cultiver leurs légumes et n’ont guère de possibilités de gagner leur vie. Ils restent donc dépendants de l’aide alimentaire et du matériel de base mis à disposition. En outre, leurs habitations fragiles demeurent menacées par le risque de cyclones et de pluies de mousson. La violence et la traite des êtres humains restent le lot quotidien dans les camps.

Cette existence est loin d’être heureuse. La dure réalité pèse à coup sûr sur les nombreux enfants et jeunes qui représentent plus de la moitié des réfugiés Rohingyas. Les jeunes sont souvent désespérés et déprimés car le malheur semble sans fin. Un enseignement de qualité revêt une importance cruciale à cet égard. « L’enseignement permet de sortir des ténèbres et d’atteindre la lumière », explique l’enseignante Rozina Aktar.

L’UNICEF et ses partenaires ont permis à environ 192 000 enfants Rohingyas âgés de 4 à 14 ans d’accéder à un enseignement de qualité. 

L'enseignante Rozina Aktar tient un cahier dans sa main pendant qu'un garçon regarde.
© UNICEF/UN0326955/Brown

L’UNICEF et ses partenaires ont permis à environ 192 000 enfants Rohingyas âgés de 4 à 14 ans d’accéder à un enseignement de qualité, entre autres par la formation des enseignants, la mise à disposition de matériel d’enseignement et la fondation de quelque 2000 centres d’apprentissage. 640 centres d’apprentissage sont aujourd’hui nécessaires pour accueillir 25 000 enfants.

 

Centres de jeunesse

La situation la plus problématique demeure celle des adolescents. Pas moins de 97 % des enfants âgés de 15 à 18 ans ne bénéficient actuellement d’aucune forme de scolarisation, une situation très alarmante. En effet, ils n’ont pas grand-chose pour s’occuper, et l’ennui mène souvent à des frustrations ou des situations problématiques. En outre, sans formation, ils encourent plus de risques d’être victimes d’abus et d’exploitation.

L’UNICEF a créé 100 clubs de jeunes. Ils s’ajoutent aux 21 centres de jeunesse déjà opérationnels, où les adolescents peuvent recevoir un soutien psychosocial. Ils peuvent également y suivre des cours axés sur les compétences de base (lire, compter, écrire, …) mais aussi sur les aptitudes pour la vie quotidienne et les compétences professionnelles plus concrètes qui les préparent à un métier.

Cette première étape constitue déjà un succès en soi mais l’enseignement des filles reste cependant à la traîne. Lorsqu’elles atteignent la puberté, leur familles les retirent souvent de l’école. L’UNICEF tente à présent d’organiser des cours par roulement dans le cadre desquels les garçons sont en classe à un autre moment que les filles.

Cliquez ici pour savoir comment l’UNICEF organise l’enseignement à destination des adolescents.

 

De la sécurité pour les filles et les femmes

La sécurité des filles et des femmes constitue un autre point d’attention. L’installation d’un éclairage public n’était pas suffisant : aller aux toilettes la nuit restait tout autant dangereux. L’UNICEF et ses partenaires ont donc décidé de créer un certain nombre d’« espaces sécurisés statiques et mobiles » à destination des femmes et des filles. À cela s’ajoutent des actions de sensibilisation. Par ailleurs, l’agence a formé le personnel dans les camps à la prise en charge de femmes victimes de violences.

Maintenir la situation à un niveau supportable ne résout certainement pas la crise des réfugiés. La seule solution serait que le Myanmar autorise les Rohingyas à retourner dans leur pays pour y vivre en paix et en harmonie avec leurs voisins, en étant considérés comme des citoyens à part entière. Tant que ça ne sera pas le cas, les efforts soutenus de la communauté internationale demeurent indispensables.

Lisez le rapport intégral : Beyond survival: Rohingya Refugee Children in Bangladesh want to learn

 

UNICEF est un partenaire de la Coopération belge au Développement.

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