Vivre de la sculpture et de la peinture au Cap Vert

Guyentie Bogaert
01 septembre 2014
Comme dans d’autres lieux touristiques, les boutiques de souvenirs foisonnent sur l’île capverdienne ensoleillée qu’est Boa Vista. Des échoppes dans lesquelles les touristes se font rares : peu décident de sortir de leur hôtel all-in pour se rendre dans ces boutiques qui proposent toutes la même chose. Antonio et Zanna nous racontent comment ils tentent de subsister grâce à leurs souvenirs faits maison.

Sous un arbre en face de sa petite maison, Antonio fabrique des statuettes en calcaire qu’il compte vendre sur la plage pendant la saison touristique. Installé jusqu’il y a peu dans la capitale, Praia, sur l’île de Santiago, il a décidé de s’établir à Sal Rei, sur Boa Vista, qui attire plus de touristes. Mais joindre les deux bouts n’est pas évident. « Le prix du kilo de tomates est bien plus élevé ici, étant donné le peu d’exploitations agricoles. À Praia, le coût de la vie est inférieur mais il n’y a pas de travail. » Grâce aux recettes de ses statuettes, Antonio espère acheter d’autres bibelots. « Ce sera compliqué car si les chiens n’ont rien, ils ont besoin de tout. Mes statuettes me rapportent peu et acheter des souvenirs coûte cher. »

Contrairement au vendeur de plage Antonio, le Sénégalais Zanna exploite sa propre échoppe sur l’esplanada, la place du marché de Sal Rei. Il y vend ses peintures. Il explique : « Elles illustrent l’histoire du Cap-Vert. On y voit des femmes porter des pierres pour construire des routes, et des fruits, pour nourrir leur famille. » Il revend également des statuettes en bois et des bracelets. Malgré son magasin, Zanna n’a pas la vie facile. La location du studio qu’il partage avec un ami sénégalais sans emploi s’élève à 300 euros par mois, ce qui n’est pas rien au Cap-Vert. Mais, au moins, ils ne vivent pas dans les barracas, ou bidonvilles, qui abritent la plupart des immigrés ouest-africains.

Un sculpteur Cap-Verdien à l'oeuvre
© Guyentie Bogaert

Le souvenir de temps meilleurs m’a donné la force d’aller jusqu’au bout. Les dépendants qui n’ont pas connu de jours heureux courent davantage le risque de rechuter.

Pour les immigrés comme Zanna, l’adaptation à la culture capverdienne constitue un défi. 

Zana l'immigré dans sa boutique
© Guyentie Bogaert

Tentations et défis

Malheureusement, les touristes ne sont pas uniquement une source de revenus. Leur présence facilite aussi l’accès à l’alcool et à la drogue. Comme tant d’autres, Antonio a cédé à la tentation et a, de ce fait, passé deux années dans un centre à Praia pour y suivre une cure de désintoxication (alcool et cocaïne). « Après trois mois dans le centre, j’ai été envoyé à Boa Vista pour deux semaines. C’était non seulement une manière de me tester, mais aussi de montrer aux autres personnes dépendantes qu’il est possible de s’en sortir. » Sa foi l’a grandement aidé dans ce processus de désintoxication, qui n’en reste pas moins difficile. « Le souvenir de temps meilleurs m’a donné la force d’aller jusqu’au bout. Les dépendants qui n’ont pas connu de jours heureux courent davantage le risque de rechuter. »

Pour les immigrés comme Zanna, l’adaptation à la culture capverdienne constitue un défi. « Lorsque les Capverdiens ont émigré au Sénégal, nous les avons accueillis chaleureusement. Nous leur avons fourni des permis de séjour et les avons conviés à notre table. Ici, par exemple, personne dans le voisinage de mon magasin ne m’a encore invité. Au Cap-Vert, à l’instar de l’Europe, les gens sont distants. »

 

Avenir

Zanna n’est pas encore certain de rester au Cap-Vert. Mais, dans l’intervalle, il s’efforce de faire pour un mieux. À la demande du responsable du centre pour la jeunesse, Antonio va apprendre aux enfants de Sal Rei à fabriquer des statuettes. L’objectif est double : tenir les enfants à l’écart de la rue et leur permettre de se faire un peu d’argent plus tard. En contrepartie, pour Antonio, pas de rémunération, mais la mise à disposition d’un local du centre pour qu’il puisse y vendre ses souvenirs. Une motivation supplémentaire pour lui de ne plus toucher à l’alcool et à la drogue : « Pour aider les autres, il faut d’abord être bien dans sa tête. »

Article rédigé dans le cadre du programme de formation journalistique Beyond Your World à la haute école Thomas More de Malines, financé entre autres par la Commission européenne et le ministère hollandais des Affaires étrangères.

Cap-Vert Travail décent
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