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Le champ, c’est l’école et la plante, le professeur

Chris Simoens
01 août 2016
Les agriculteurs s’approprient plus facilement les innovations si elles viennentd’autres agriculteurs plutôt que de tiers. Les farmer field schools ont un impact énorme sur le rendement. Une success story rwandaise...

Même les parcelles expérimentales au rendement nettement supérieur ne convainquent que rarement les agriculteurs, le contexte local étant souvent négligés. Ainsi, le bananier « Poyo », plus sensible au vent, est plus productif mais nécessite un tuteur. Or, les champs se trouvent loin des maisons et leur surveillance est impossible. Résultat : les tuteurs sont volés et les agriculteurs restent fidèles à leur variété traditionnelle (1).

Et depuis 2014, le gouvernement rwandais a implémenté la méthode sur l’ensemble du pays afin de former pas moins de 1,7 millions de paysans d'ici à 2020.

Un zoo d’insectes

Afin d'impliquer davantage les agriculteurs dans la recherche de solutions, l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) a développé les farmer field schools (FFS). Dans une atmosphère détendue, les agriculteurs échangent leurs connaissances, réalisent des observations et des expériences. Ils peuvent ainsi comparer différentes variétés ou examiner les maillons de la chaîne alimentaire dans un « zoo d’insectes ». Les participants ne reçoivent pas de leçons mais prennent des décisions et choisissent les solutions optimales. « Le champ, c’est l’école et la plante, le professeur. » La clé du succès se trouve entre les mains des « facilitateurs » : des agriculteurs formés pour devenir des accompagnateurs qualifiés et motivés à même d’instruire d'autres agriculteurs. Cette méthode permet de toucher un large public.

En 2009, l'agence belge de développement (CTB) et le gouvernement rwandais ont appliqué cette méthode. Dans ce pays densément peuplé d'Afrique centrale, chaque famille ne dispose en moyenne que d'un demi-hectare de terre ; il est donc crucial pour eux d'optimiser les cultures. L'agriculture reste la première activité économique du pays (essentiellement pour les femmes) et la principale source de revenus pour les familles rurales.

Le champ, c’est l’école et la plante, le professeur
© BTC/Dieter Telemans

Du planning familial

La première phase du projet (2009-2011) a touché 25 000 agriculteurs. Cinq ans plus tard, ils sont plus de 200 000 à avoir participé aux aux farmer field schools. Et depuis 2014, le gouvernement rwandais a implémenté la méthode sur l’ensemble du pays afin de former pas moins de 1,7 millions de paysans d'ici à 2020.

Trois quarts des groupes FFS – 53 % de femmes – font état d’une hausse de productivité et de revenus d'au moins 50%. « Nous n'en croyions pas nos yeux quand nous avons récolté notre manioc sur les parcelles expérimentales. Les racines étaient 6, voire 7 fois plus grosses que normalement. Incroyable ! Et le goût y était aussi ! » se réjouit Ernest Kabeja, un planteur de manioc. Un autre membre du groupe ajoute : « Nous sommes heureux d'avoir adhéré à un groupe FFS. C'est l'agriculture qui nous a réunis, mais le fait d'être membre comporte d'autres avantages. Nous avons par exemple mis en place un système d'épargne dans notre groupe. Désormais, nous avons tous une assurance santé et nous faisons en sorte que chaque membre puisse payer la scolarité de ses enfants. Nous discutons même du VIH et du planning familial lors de nos réunions. » Les agriculteurs participants utilisent également moins de pesticides et certains se découvrent des capacités d’entrepreneur.

Le succès des FFS a aussi attiré l’attention de l'OCDE. En 2016, en raison de son approche novatrice, ce projet de la Coopération belge au Développement a été nominé au concours international « Taking Development Innovation to Scale ».

(1) Des projets agricoles qui échouent… Pourquoi ? (Dimension 3, 1/2014, p. 23)

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