Révolution des données pour la migration et le climat

Chris Simoens
01 décembre 2016
La Belgique promeut une utilisation plus large des données concernant entre autres la migration et le climat. Notre pays a déjà rejoint le Global Partnership for Sustainable Development Data (GPSDD).

Il est extrêmement difficile d'obtenir une vue d'ensemble de phénomènes tels que la migration et le climat. Les gens fuient. Mais pourquoi ? Quel itinéraire empruntent-ils ? Avec quels besoins ? Quels traumatismes ? Quels sont leurs talents ? Le climat change. Mais dans quelle mesure les événements météorologiques extrêmes résultent-ils du changement climatique ? Comment mieux nous préparer aux catastrophes ? Comment réduire notre consommation d’énergie 

Pour répondre à ces questions, il nous faut des données qui, souvent, sont déjà disponibles. Il suffit de les réunir et d’en extraire les informations pertinentes. L'Organisation internationale pour les migrations (OIM) utilise déjà dans 40 pays un Displacement Tracking Matrix, une énorme base de données qui permet de suivre la situation des personnes déplacées : origine, position, retour éventuel, etc. La technologie actuelle permet en outre de travailler en temps réel. Nous sommes donc en mesure de prendre nos décisions sur la base de données actuelles, alors que jusqu’à présent, nous utilisions des données datant de quelques années.

La révolution des données doit se mettre au service des utilisateurs et permettre une politique fondée sur les faits, non sur les émotions.

ODD

À l'Assemblée générale de l'ONU à New York (septembre 2016), le vice-premier ministre et ministre de la Coopération au développement, Alexander De Croo, a plaidé en faveur d’une révolution des données. La Belgique est aussi devenue membre officiel du GPSDD, un vaste réseau de gouvernements, d’entreprises privées et d’ONG, entre autres. Objectif : utiliser les données au service des objectifs de développement durable. Notre pays a promis d’aider ses partenaires à rassembler des données pertinentes et à les analyser, ainsi qu’à fournir les infrastructures et les compétences nécessaires.

Les GSM, réseaux sociaux, drones, satellites, etc. peuvent permettre la collecte de données. Tout citoyen peut fournir des données mais un système de données aussi global n’évoque-t-il pas le spectre de Big Brother ? C’est ce qui incite le ministre De Croo à insister sur l’éthique et la vie privée, en évitant le terme « Big Data »[1]. La révolution des données doit se mettre au service des utilisateurs et permettre une politique fondée sur les faits, non sur les émotions.

 

Post-vérité

Mais dans quelle mesure les faits comptent-ils encore dans le contexte actuel ? The Economist a récemment épinglé une tendance : les déclarations de certains politiciens sonnent juste mais n’ont aucun ancrage factuel. Ils veulent en premier lieu renforcer les préjugés. Un phénomène illustré par la campagne pour le Brexit.

Selon le ministre De Croo, les données sont une arme contre le populisme. Les faits concrets doivent anéantir les préjugés qui sévissent à l’encontre des réfugiés et migrants, telle une arme contre l'ignorance, principal moyen de pression des populistes. Il est injuste d'étiqueter tous les réfugiés comme des profiteurs. La plupart n’étaient ni pauvres, ni dépendants d’une aide. Ils possèdent des compétences dont nous pourrions faire meilleur usage en consultant des bases de données qui enregistrent leurs capacités  et expérience.

Par ailleurs, les données très accessibles peuvent entraîner l’effet inverse. Des journalistes d'investigation et des ONG peuvent les utiliser pour demander des comptes. Le « journalisme de données » peut devenir un quatrième pouvoir à part entière.

Dans le monde moderne complexe, les données sont de toute façon indispensables. Utilisées à bon escient, elles peuvent nous conduire sur une voie durable et tolérante. C’est cet objectif que la Belgique veut atteindre.

www.data4sdgs.org

 

[1] Comme expliqué sur www.mo.be

Numérisation Climat Migration Global Partnership for Sustainable Development Data
Retour L'HUMAIN
Imprimer
Dans la même thématique - Article 18 /17 D4D: la Belgique y croit